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Vodka Old Fashioned

C’est le 15 août aujourd’hui, il fait chaud, je souffre. J’ai ressorti le short et on m’a dit que j’étais folle à ma maison, alors j’ai mis un pantalon conventionné par les bonnes mœurs et mes jambes ont souffert. J’ai décidé de pas aller travailler quand je me suis rappelé que c’était la rentrée scolaire et l’idée de retrouver les embouteillages  a bloqué dans ma tête. Y a pas de clim dans la voiture, et j’ai imaginé le tcha3chib (frisottage algérien) dans mes cheveux et j’ai pas pu admettre cette idée. Faut que je trouve une solution avant demain.
Je suis donc restée à la maison, j’ai remis le short et avec ma grand-mère on s’est fait des citronnades. Ensuite on y a ajouté de la vodka et on a beaucoup ri, jusqu’à ce que ma mère arrive et me somme de faire le ménage. Elle m’a demandé de nettoyer les escaliers avec la serpillère et cette idée a débloqué ma tête. C’est pas un truc à se casser le dos ça ? Utilise le frottoir, qu’elle m’a dit. C’est pas une activité hyper dangereuse ça ?
Passer la serp dans les escaliers, quelle drôle d’idée. Ma mère elle s’est énervée, en disant que normalement c’est aux jeunes filles de faire tout ça, que dans toutes les maisons c’est comme ça, et que moi il vaudrait mieux m’avoir en photo finalement. Me suis tournée vers ma grand-mère pour qu’elle défende la cause des glandeuses sans frontières, mais ma grand-mère elle est dans  l’imaginaire, alors…
Alors mon short et moi on est allés au combat, c’est un coup à vous frisotter les cheveux le grand ménage. Quand j’avais tout fini de serpiller partout et que j’étais contente de pas être tombée,  j’ai vu qu’il y avait mes traces de pas sur le parterre mouillé. C’était pas écrit sur la bouteille de javel ça. Alors j’ai repassé dessus et ensuite j’ai volé jusqu’à ma chambre pour plus rien tacher. Et c’est comme ça que j’ai perdu ma journée. Ou presque.
Parce qu’après le ménage, ma mère a voulu qu’on parle de son sujet favori, le mariage. J’ai regretté de pas être allée au travail à ce moment là. Elle m’a demandé si ma position sur les rencontres arrangées n’avait pas évolué, et j’ai dit que je voulais une fontaine de tequila à mon mariage. Elle m’a dit que je rajeunissais pas, et j’ai répondu que je voulais une robe faite sur mesure par John Galliano (il a baissé ses prix dernièrement). Elle m’a rappelé que toutes mes cousines elles étaient mariées, j’ai demandé si on pouvait louer le château de Versailles pour une fête.
J’aime les  ententes de sourds assumées.
Quand elle a commencé à me dire que je buvais trop de coca et que c’était pas bon pour la santé, j’ai senti ma crise d’ado monter et j’ai fui dehors.  Sur la route un flic m’a arrêté parce que je sais pas pourquoi. Je comprends jamais si leurs signes ça veut dire ralentis, vas-y, ou arrête toi. Là y a eu les trois apparemment. Et les flics, y en a tellement qu’on les voit même plus. Ils sont dans le décor, ils devraient pas compter autant. Il m’a demandé pourquoi y avait pas l’étiquette nouveau conducteur sur mon véhicule. Il a vu ça à ma tête que j’étais nouvelle conductrice ? Délit de faciès j’appelle ça.
Ma destination, le magasin de DVD. Je cherchais Sex friends, mais j’ai pas osé dire le mot S** au vendeur qui est un vieux barbu qui porte des robes. Pendant que je lui expliquais que c’était hadak le film sur l’amitié,  une nana en voile islamique est entrée et a demandé du tac au tac la saison 3 de  « Journal intime d’une call girl ». Pour être sûre que c’était bien en VF , elle lui a demandé de l’essayer. Les premières scènes n’ont pas permis de déterminer la langue parlée et m’ont fait rougir. J’étais bien la seule.  Le barbu et la hijabiste eux  parlaient tranquillement des dernières histoires olé olé de la série. En arabe derja  les choses paraissent moins sexuées. Mais moi j’ose toujours pas demander mon film.
Il fait 30 degrés dehors début avril,  je comprends rien au temps,  je comprends rien aux apparences, aux bonnes mœurs, à ce qu’on conventionne.
Je suis rouge et frisottante, je ressemble à pas grand-chose. Remarque y a plus grand-monde qui se ressemble vraiment alors…. Vais aller partager une citron-vokda avec ma mère-grand…
Mamzelle Namous

Jeune vie d’ailleurs

Dans la peau de Marie-myriam, jeune fille de 30 ans, habitant la région parisienne.

Youpi, on bombarde la Libye, c’est trop bien. Depuis le temps qu’on attendait ça, quel soulagement. Je m’appelle Marie-Myriam et je vis dans ce monde où les méchants sont ailleurs, où l’Onu c’est la meilleure. D’ailleurs je suis contente de vivre un moment historique, ça donne plus de consistance à ma génération. Et la Libye, c’est loin, ça me tache pas.

Je vis dans ce monde où, même pas américaine, j’ai cru que j’avais voté pour Obama. J’ai aimé qu’il soit noir, qu’il soit beau. J’ai aimé qu’il soit démocrate, parce que moi qui me suis endormie pendant tous mes cours d’histoire, je pense que c’est des gentils eux.
Ma première insomnie c’était le soir de son élection.
La Libye, je vais regarder ça à la télé quelques semaines. Quand la blonde de France 24 aura arrêté d’en parler, c’est que ça sera réglé.
Je vis dans ce monde où je parle de politique internationale avec ma boulangère. J’ai une voisine d’origine algérienne. En 2003 je lui ai parlé de l’Irak en lui demandant ce qu’elle en pensait vu que c’était pas loin de chez elle. Elle m’a regardé drôlement. Sujet sensible j’imagine.
Je suis contente que ça n’ait pas dérapé au Maroc, j’y vais souvent en vacances. J’aime beaucoup voyager, ça m’ouvre l’esprit. Attention je fais pas du tourisme franchouillard club med. J’ai vu une fois un reportage sur ces gens qui voyagent partout mais qui comprennent rien. Je suis pas comme ça, je préfère les clubs look voyage, je sors de l’hôtel, je vais aux souks, je discute avec les arabes. Je trouve dommage que les filles soient voilées. Les soirs de cuite, je me tape Mounir, le dj. Il mixe trop bien, un peu trop de funk a mon goût, mais par contre j’aime beaucoup la musique traditionnelle arabe. Le raï ils appellent ça.
N’empêche j’étais contente quand les peuples arabes se sont soulevés. C’est beau à voir. Ca ressemble au printemps. Y a de la spontanéité là dedans, cette chose qu’on croyait morte. Et l’effet domino ça donne presque envie d’y être. J’espère que ce mouvement gagnera l’Afrique Noire.
Je comprends pas les sceptiques, les peureux. Moi je suis solidaire, je me suis même frisée les cheveux pour la beauté du geste.
L’impuissance, c’est terrible pour nous qui vivons dans des démocraties. Je voudrais que tout le monde ait notre chance. Heureusement qu’à l’Onu ils se bougent.
Faut pas croire que je me la joue à l’européenne qui veut sauver le monde. J’étais contre l’invasion de l’Irak moi. Mais là c’est différent, le packaging est plus joli.
Je vis dans ce monde où les bons gens ont détesté Bush. Le pire président américain, qu’ils sont cons ces amerloques de l’avoir élu. Lui et ses théories sur le bien et le mal, ça nous a bien fait rire.
Dites, vous croyez que Kadhafi quand ils vont le tuer, ça va circuler aussi sur Youtube ? Je suis pas glauque hein, mais j’aime bien voir ce genre de trucs. Et puis vu tout le mal qu’il a fait, on va pas lui accorder de la dignité humaine.
Mamzelle Namous

tchipie tchipa

Ca y est c’est le printemps, rien ne change, tout change. Les arbres bourgeonnent, un ou deux boutons aussi. Pour faire diversion, je mets ma plus belle robe, et j’arrive au taff en retard. On me laisse pas pointer, et hop une matinée qui compte pas = 500 dinars en moins. Enfin selon mon calcul débile mental.
Je rejoins mon bureau déjà bien mleguia [1] et le bougre qui me fait office de collègue m’accueille comme si j’étais la première fille qu’il voit. Robe +  mec frustré =  mec happy.
Comme chaque jour, il me raconte sa life. Il me dit que la veille il a pris  un coca au Sofitel. Un coca à 500 dinars ça se raconte. J’espère que c’était pas du light au moins.
Le bougre me trouve radine. Le bougre c’est ce mec relou qui aime la ramener toutes les trois secondes. Si tu dis que t’as froid, il te rétorquera systématiquement que t’as jamais eu vraiment froid tant que t’es pas allée en Russie. Il est allé 10 jours à Moscou en 1995 et depuis il rentabilise  son voyage avec cette réplique.
Le bougre aime te parler de politique en faisant celui qui connait des gens hauts placés. Vous savez comme en Algérie on adore faire ça.
La dernière fois il m’a chuchoté un secret que seul son clan connaît « Mister B est malade, très très malade… ». Oh….. J’ai voulu lui demander à lui qui sait tout si c’est vrai que mister B a des penchants momosexuels, comme ça se crie dans mon clan à moi- celui des gens qui savent rien et qui aiment parler de rien- mais j’ai pas osé.
Le bougre remarque que j’ai noué un haut de maillot de bain autour de mon cou, et me demande pourquoi.
La vraie raison, mon armoire ressemble au japon, impossible d’y trouver un soutif. A lui j’invente que je vais  à la piscine plus tard. Laquelle il veut savoir. Ben celle du Sofitel of course, tu me prends pour qui.  A la question des tarifs, je réponds d’un air détaché que je paie pas of course, que j’ai une carte de membre bel ma3rifa [2]. Vous savez la ma3rifa, cette personne qui vous ouvre toutes les portes du paradis administratif, professionnel, éducatif, médical… et même les portes des toilettes !
La ma3rifa, cette chose qu’on adore, même si on en a pas toujours besoin. L’algérien aime l’idée de défoncer des portes ouvertes.
Revenons aux toilettes, le sujet classe de la semaine. Si on doit juger un endroit par la qualité de ses chiottes, alors je bosse dans un tas de merde. Quand je vais au WC, je dois tenir la porte parce qu’elle ferme pas, faire des pas chassés pour éviter l’eau par terre (enfin ce que j’espère être de l’eau), activer ma vision nocturne  quand y a pas de lumière, et en bonus j’ai le choix entre regarder un mini-cafard se promener ou lever la tête et faire face à un énorme trou dans le plafond. J’ai toujours peur que ratatouille me tombe dessus.
En gros je sors de là, courbaturée, chaussures mouillées, apeurée, dégoutée, constipée.
Aujourd’hui je me suis plainte de ça à une copine  et elle m’a dit que la secrétaire de la sous-direction Y de la direction X a la clé des chiottes qui sont fermées  et réservées à certaines personnes.
Je vais donc voir la bonne femme, elle est en crise de larmes, fight inter-secrétaires apparemment, le truc pas beau à voir. Je la console, lui propose un mouchoir. Elle dit rien, elle me serre et frotte son nez contre mon ventre. Je crois qu’elle a pris ma robe pour un mouchoir.
Ma plus belle robe = la moitié du salaire du cadre inférieur que je suis.
 100% soie + 5%  khnouna [3]  = 200 dinars de pressing.  Même pas je lui en veux, c’est quand elle veut qu’on se refait ça.
Comme j’ai été super cool avec elle, elle m’a carrément donné un double des clés des chiottes de luxe. Et maintenant qu’elle me kiffe, je vais peut-être pouvoir avoir une carte chifa [4], être recommandée auprès de bons médecins du travail qui vont bien me soigner, refaire mon passeport sans devenir névrosée, avoir des feuilles pour imprimer sans compter et passer mon été au nouveau club des pins. Parce que si moi je sais à peine que ça existe, la nana elle y a déjà son chalet.
 Avoir une bonne ma3rifa ça n’a pas de prix. Pour tout le reste, il y a eurocard/matercard. Euh merde pardon, chipacard/mastercard. [5]
Mamzelle Namous


[1] Dégoutage de la vie
[2] Une connaissance piston
[3] Mot mignon désignant une crotte de nez
[4] Equivalent carte vitale
[5] Chipa est un mot adorable signifiant un pot de vin

A toutes les vies

Ce matin j’avais envie d’écrire, j’étais en train de me chercher parmi mes phrases quand j’ai lu dans le blog un commentaire disant que j’étais fraîchement débarquée. C’est assez marrant comment pour peu qu’on ait pas vécu toute sa vie au même endroit, on porte partout l’étiquette du débarqué. C’est évidemment pas la première fois que j’entends ça, et ça m’amuse un peu. Surtout quand je suis à Alger. Y a toujours quelqu’un pour vous ramener à vos autres vies, et c’est souvent à des fins péjoratives.
Quand j’ai débarqué en France, les gens étaient étonnés que je parle bien français, me demandaient si ma mère portait le hijab. Si je faisais une faute d’orthographe ils disaient que c’était normal parce que bon c’est  pas ma langue maternelle. Un jour j’ai eu un plâtre et une nana a cru que mon père me battait. Quand j’employais des mots qu’ils ne connaissaient pas, ils disaient que c’était normal que j’invente des mots parce que c’était pas ma langue. Ben oui.
Ils sont pas tous comme ça bien sur, mais assez pour se rendre compte que putain des océans nous séparent. J’avais envie de crier hé les amis moi aussi j’ai grandi avec club Dorothée. Moi aussi les aprèm de déprime je prends mon goûter en matant Julien Lepers, moi aussi je hurle quand je connais la réponse. Et des fois je fais même une petite danse tellement je suis fière.
Pendant toutes mes années en France, je suis allée souvent à Alger. Sidi Yahia c’est comme mon petit frère, ça m’a pas choqué quand ça a mué parce que je l’ai vu grandir.
Et quand j’ai commencé à bosser ici, c’était pas un retour,  juste une suite.
Mais quand même si un jour je dis à mes collègues non merci pas de sandwich garantita pour moi, ils me disent c’est parce que oh la la t’es zaama française et snob. Non c’est juste que oh la la je dois perdre trois kilos avant Ramdane (le mois du clubbing où il faut voir et être vu).
Un jour un type m’a demandé si je connaissais Didouche Mourad. Le mec? Non la rue. T’es sérieux ?
La lutte quotidienne contre les étiquettes, c’est un truc fatigant. Remettre les choses et les gens à leur place sans être agressive, ni niaise, ni faire la fille qui se justifie. Des fois tu laisses passer. Une fois en France un type qu’avait jamais vu un passeport de toute sa vie m’affirmait avec certitude qu’en Algérie on coupait la main à toutes les femmes qui les cachaient pas.
C’est un point de non retour, faut juste leur sourire à ceux là. Si t’es dans un bon jour tu peux leur faire un doigt, qu’ils voient bien ta main. Fatal Bazooka n’existait pas encore, sinon j’aurais pu lui dire de parler à ma main.
Ces trucs là m’ont jamais vraiment embêté, parce que même si j’ai des liens avec la France, c’est pas mon pays. Mais je me mettais à la place des …. Comment on les appelle ? Les immigrés ? Oui ceux qui sont nés en France de parents immigrés, et qui sont français, qui connaissent que ça, au même titre que le type qu’avait jamais vu un passeport, et qui subissent toutes ces conneries. Et bien d’autres. Moi aussi je serais devenue une racaille, tellement j’aurais souffert qu’on m’enlève quotidiennement toute identité. Ou je serais devenue une femme très forte. Tellement j’aurais eu la rage. Quand le pays d’origine de tes parents est sans cesse dénigré  et que tes papiers ne suffisent pas pour t’identifier, vas te construire une vie légère avec ça.

Et voilà que sur ce blog, léger, je lis que suis fraîchement débarquée. Fraîche oui, grâce aux lingettes Air Algérie. Débarquée c’était en 84 mon ami.

Mamzelle Namous

Pas demain la veil

Paraît que j’étais tristounette hier, que nenni. Je vais bien, et j’écris d’affilée. Ca durera pas je crois. C’est la journée internationale de la femme, ouais ouais ouais. Et je la vis en prime time. Il était même pas 9 heures que j’avais déjà entendu trois bonnes fêtes à mon égard. La première fois j’ai grimacé, et le type a pas compris, il voulait juste bien faire.

La deuxième fois j’ai dis merci, and so and so. Au bout de la 15ème mon naturel est revenu au galop. C’est dans des jours comme aujourd’hui qu’on sent que putain le tiers monde c’est pas fini. Tout ça part de bonnes attentions, mais je sais pas, un truc me gêne. Je trouve le tout trop passé de mode.

Au boulot, le big boss nous a fait un discours, il a dit des trucs cool, des trucs vrais. Qu’ici y a pas de discrimination salariale comme parfois en Europe. C’est vrai, on était d’accord, mes copines et moi. Ensuite il a rajouté mais les européennes ont d’autres droits, d’autres choses que vous n’avez pas. Mais ça c’est votre problème, pas le mien. J’ai pas compris là. Yeux éberlués, têtes retournées, caméra braquée sur ma tronche. Oui nos cérémonies sont filmées.

Pourquoi que c’est pas son problème? Il est cool le mec, pragmatique et tout. J’ai tout de suite pensé au droit à l’avortement par exemple. Elles ont quoi de plus parfois en Europe sinon? Je pense pas qu’il parlait des instituts Carita.
Bref, hier j’ai dit que c’était férié pour les dadames l’après-midi. C’est pas exactement ça. Ca relèverait plus de la faveur que du droit du travail. Pour l’occasion chez nous, un déjeuner que j’ai séché, une rose que j’ai séché, une prime de salaire que je vais pas chécher.
Il paraît aussi qu’il y a pas assez de femmes avec postes à responsabilité dans certains coins du bled. Que c’est à cause de l’image qu’ont les hommes, que c’est à cause des enfants aussi. Quoi les enfants? Ca a des pères aussi, ça se garde, ça s’avorte. Ah non mince ça se fait pas ça. Ca se garde, ça se marie en vitesse, ça accouche avant terme, ça jase. Ah mais si ça se fait, parce que tout se fait, en mode clandestin, sans sécu sociale, parfois sans sécu tout court. Paraît que y a des médecins qui le font. D’autres qui refusent. Je sais pas exactement comment ça se passe quand on fait une demande déclarée d’avortement. Ca me rappelle un livre de Kundera ( je sais plus le titre), qui  décrivait la vie dans une station thermale/clinique en rep Tchèque. Les femmes qui voulaient se faire avorter devaient passer devant une commission. Et cette commission décide si oui ou non elles le peuvent. Ce truc m’a opressé, c’est comme ça ici?  Remarque, cette crainte c’est la meilleure pub pour la contraception. Je dis pas l’absention, parce qu’on a localisé la dernière vierge d’Alger à Baraki, parce bon c’est Baraki aussi…. Ca va je plaisante, sur tout.
Alors pour célébrer ce 8 mars 2011, le big boss veut créer une garderie pour enfants de moins de trois ans. Les femmes étaient contentes, elles ont applaudi « ah oui c’est bien, bravo ».
Moi j’avais buggé sur ce qui est notre problème, et pas le sien. Puisque c’est notre problème, pourquoi faut une bande de décideurs pour le solutionner?
Là j’ai envie de dire peut être qu’un jour nous aussi on aura notre loi Simone. Mais une intuition toute féminine me dit que c’est pas demain la veil. Ok ce jeu de mots est nul, mais je fais ce que je veux! Ou presque…

 

 

 


Mamzelle Namous

Où sont les Femmes

Demain c’est la journée internationale de la femme. Rien que ça.
Mon dernier 8 mars mémorable à Alger j’avais 15 ans, j’avais fait un brushing à moins de 500 dinars chez Omar et j’étais allée à une fête de femmes en plein aprèm à sidi fredj. Et je m’étais bien fait chier. Le lendemain au lycée, un type m’avait balancé « saha saha mina bssahtek lbrushing ». Le truc que tu détestes quand t’es ado, te faire remarquer avec ce genre de trucs. Comme quand t’as des chaussures neuves et que tout le quartier te capte.
Ca me rappelle une fois où quelques mois après mon arrivée en France, je voulais dire bssahtek à une fille avec une nouvelle coupe de cheveux, et j’étais navrée de constater qu’y avait pas traduction pour ça. Spontanément, j’avais dit « bonne coupe », et cette conne elle avait dit merci. Alors que c’est pas le propos. En plus qu’elle était moche sa coiffe.
Mais j’ai toujours le reflexe du bssahtek, et  aussi du chah[1] quand quelqu’un se casse la gueule.
Demain journée internationale de la femme je disais. J’avais oublié qu’en Algérie c’était a big of deal ce truc, après-midi férié pour les femmes, cérémonies ici et là, fêtes dansantes, coiffeurs complets, esthéticiennes hystériques, boutiques comblées. La ville ressemble à une mizenpli géante.
D’accord, tant que je peux passer l’aprèm au fond de mon lit à regarder des séries, ça me dérange pas. Les femmes que je croise ne me donnent pas envie de les célébrer, pas demain en tout cas. J’ai demandé à mon père si je pouvais avoir un cadeau pour l’occasion, une voiture par exemple, il a dit non. Le jour où j’en ai une, je me fais ma propre fête, la journée où tu peux avoir une vie.
Parce que si t’as pas de voiture, si tu kiffes pas le bus, si t’as pas de taxi en speed dial sur ton tel, si tes amis en ont marre de faire des détours pour jouer tes chauffeurs, si ton père fait semblant de dormir quand il te voit arriver avec tes grands chevaux, eh ben t’as intérêt à aimer les séries américaines. Et toutes, tellement tu passes du temps à la maison. Je rate tellement d’évènements que cette nuit j’ai rêvé des filles de Gossip Girl.
Eh oui, la vie est dure pour nous autres sdf de la voiture. Plus de vie sociale, plus de bavardages avec les flics. Ce week-end mon frère a eu pitié de moi et dans un élan de générosité m’a prêté sa voiture pour une aprèm. J’ai fait un accident, pas parce que je suis une femme, juste parce que je conduis pas très bien. Garée à un emplacement de taxi, sommée par des mouvements de bras des taxieurs en furie de me casser, je démarre en trombe, je rentre dans une voiture. Ensuite j’ai plus rien vu. Pas évanouie, aveuglée. En trois secondes, tout le quartier était là pour mater le spectacle. J’ai touché le maire ou quoi? Même pas. Maintenant mon frère me déteste, et quand je lui ai proposé de payer pour la casse, il a même pas refusé. Y a plus de valeurs.
J’ai soudain eu une sympathie particulière pour les filles qui sortent avec des mecs juste parce qu’ils ont des voitures. Chauffeur whith benefits, on appelle ça.
 Et aussi la même sympathie pour les filles qui se marient juste pour quitter le domicile familial, et partager la voiture conjugale.
 Des aimants les filles. C’est comme ça qu’on les appelait au lycée, tellement le métal les attirait.
 Y a l’aimant de luxe, qui choisit son mec en fonction du prix de sa caisse. Et y a l’aimant de base, plus modeste, une maruti lui suffit.
Et y a l’aimante, celle qui regarde pas ça.  Celle qui chantonne baby you can drive my car…tu tu tu tu…and maybe i love you…
Mamzelle Namous

[1] S’écrit aussi cha7. Comment traduire ça ? Bien fait pour toi. Je sais c’est méchant.

Jeunes vies aromatisées

Il y a des jours au travail où on nous donne notre fiche de paie. La femme qui les distribue me fait penser à Kenny de South Park. Elle se déplace comme lui et distribue les fiches, que les gens s’empressent d’ouvrir, de grimacer, de mouer de la bouche et de les remettre dans le tiroir. On est trois dans mon bureau alors je les vois. Pendant la pause dej je vais voir combien ils gagnent et en effet la grimace est de rigueur. Pour la première fois j’ai eu ma fiche à moi. Aucune moue n’est sortie de mon expression, juste un énorme What the fuck. Mon salaire c’est le prix de mon manteau. Un trop beau acheté la veille d’un premier rendez-vous, qui dès que je le mets on dirait que l’élégance est née. Maintenant ma petite sœur me le taxe. Maintenant que je connais ma paie, je vais le reprendre. Signe extérieur de richesse d’une ancienne vie. En fait mon salaire c’est aussi la somme limite de mon autorisation de découvert.
A ce  prix là, moi je décide en tout cas que je fais même plus semblant de bosser. Depuis une semaine, j’ai absolument rien fait, je laisse juste trainer un dossier sur mon bureau au cas où quelqu’un d’important se perde et entre.
J’ai téléphoné à ma mère pour lui dire que ça y est, au bout de presque un an, j’avais reçu ma paie. J’ai senti des larmes de joie. Je lui ai donné le montant, attendant les vraies larmes. Elle m’a dit ramène ta fiche, on va voir ça à la maison. Genre comme les bulletins à l’époque, tes parents veulent recompter tellement c’est pas possible que tu sois aussi médiocre mais peut mieux faire.
Comme durant mes années collège (j’étais bonne après au lycée, la violence parentale ayant porté ses fruits), le compte était bon. Ma grand mère m’a dit va voir avec le service paie, y a sûrement une erreur. Ce qu’elle dit exactement à l’épicier chaque samedi matin. Alors, sur ordre des femmes de ma famille, j’ai fais le walk of shame jusqu’au bureau paie. Et de ma voix toute timide j’ai dit que quand on m’a recruté (je devais être bourrée ce jour là) on m’avait dit que je toucherai plus. Le type me sort que ce salaire promis je l’aurai dans quelques temps. Ah d’accord, merci monsieur, bka 3la khir.
Ok rien n’a changé depuis mes 13 ans, médiocre mais peut mieux faire.
Le week end, pour fêter cette première paie, parce que j’étais quand même contente, j’invite une amie à boire un café à l’Aroma. Celui de Dely Brahim. Celui où quand tu rentres, t’as l’impression d’être jetée dans une vidéo d’irban irban. Celui où c’est tellement étroit que tu chopes un cancer du poumon en cinq minutes. Parce que tu sais, fumer quand t’as 16 ans et même pas de tétons c’est vraiment juste trop cool.
Moi le week end quand je sors, j’en profite pour mettre des fringues impossibles en semaine. Les t-shirts troués, les jeans trop jeans, les shoes embouées. Eh ben l’Aroma, c’est l’antichambre d’un mariage princier. Y a une fille qui avait une robe à volants et une rose au poignet, comme si qu’elle allait à un bal de promo. Alors que mon amie me racontait sa vie, je guettais les entrées et sorties, et le seul truc qui sortait de ma bouche c’était What the fuck.
Pourquoi se mettre son 51 (parce qu’on largement dépassé le 31) un samedi aprem pour aller boire un jus à Ain allah. Rien que le nom Ain allah ça donne envie de sortir en jogging.
Et les filles ça défile aussi dans un café, ça fait des allers retours, ça donne le tournis.
Ca donne envie de déguerpir et de dire « plus jamais ça ».
A la recherche d’un coin plus tranquille avec mon amie, on tourne dans les rues de Dely Brahim quand on trouve un restaurant turc (turknaz ou turkuaz). On entre, l’endroit est potentiellement sympa. On s’assoit  et le serveur vient nous voir direct avec deux gâteaux. On a pas commandé ça, dirons-nous. C’est exigé, dira-t-il. Hein ? On répondra. On veut pas de ça, on rajoutera. C’est exigé.
Ok puisque c’est exigé on va les manger tes gâteaux. Et on a rigolé pendant une heure du type qui confond c’est offert et c’est exigé. On a ri jaune quand on a vu sur la note deux gâteaux, 400 dinars. What the fuck, le type parle bien français. On fait une mini chaklala, on aligne et on fout le camp. Plus jamais ça. Naze, médiocre, peut pas mieux faire.
Plus je sors et moins j’ai envie de sortir. Préfère rester chez moi et regarder South Park, ça me fera des économies.
Mamzelle Namous

Lesbienvenue

Les amis je suis happy, je pars au sud, depuis le temps que j’en rêve. Je vais là d’où le pétrole vient, là d’où l’on vient en quelque sorte. Pour l’occasion, je vais bien me coiffer (ça m’a été ordonné en fait) et à mon retour je pourrai dire « Si t’as pas vu le sud, t’as rien vu ».
Ils disent tous ça. Pareil que « ma vie a commencé quand j’ai eu un bébé ». Un jour, dans quelques années, je pourrai dire ça aussi, peut-être, j’espère, nchallah ya rabi nchallah.
Je voyagerai pas avec air algérie , parce que depuis mon billet sur ce blog, je suis signalée chez eux et le syndic poste des coms méchants. Du coup je vous parle quand même de mon précédent voyage ou pas ? Allez si ! C’était dans un pays pas si lointain, la France. Et c’est  moi qui avait pas d’ordi, donc pas d’internet, mais j’ai pu être dépannée par quelqu’un qui m’a prêté son Ipad. Trop la classe. Merci mamie.
Jour du départ, à l’aéroport, je subis une fouille corporelle poussée, très poussée. J’étais pas la  seule, dans l’avion j’ai entendu deux nénettes se plaindre de cette fouille, que ça les avait embarrassé, qu’elles étaient sûres que la fliquette était lesbienne. Et que les lesbiennes étaient des malades. Elles se sont tournées vers moi pour me demander mon avis, et j’ai dis que moi j’avais pris mon pied. Regard tellement noirrrr que même mon khôl il a eu peur et il a coulé.
Bon j’aimerais bien vous parler de la vision de l’homosexualité ici en Algérie, mais je saurais pas quoi dire. Parce qu’il n’y a pas d’homo ici, juste des messages lesbiens dans les toilettes des facs. Juste des non dits, des regards, des tabous, des bars spéciaux, des faux culs. 
Quoique j’aimerais bien en parler tout de même de ce rien. Il y a quelques mois, en petite amie dévouée, et après m’être polluée l’esprit d’épisodes de Sex and the City, je décide pour l’anniversaire de mon petit ami de l’époque de lui proposer un plan à 3. Avec une autre fille. Eh ben le mec il déteste tellement les lesbiennes et apparentées qu’il m’a fait une scène et on s’est quittés. Aujourd’hui il sort avec une hijabiste qui porte un voile couleur léopard, des slim cuir que même Kate Moss elle oserait pas porter et du maquillage flash kifou makash.
Comme on est voisins, je les croise souvent. 
Pas de regrets, pas de rancœurs, je suis très bien avec mon nouveau petit copain, qui lui est ouvert pour un plan à trois (soyez pas effarouchés, on admet bien la polygamie, pourquoi ne pas étendre ça au lit!). On est juste pas d’accord sur le choix de la fille. Un jour, en plaisantant, je lui dis pourquoi pas quelque chose avec un autre garçon. Regard noirrrrr qui a fait couler mon khôl. Bon ça c’est universel ce rejet des hommes par les hétéros.
Mais l’homosexualité est un grand 3ib[1] ici. J’ai entendu parler d’une esthéticienne qui s’est fait virer parce que deux clientes se sont plaintes que ses massages allaient trop vers le haut de  la poitrine. Elle est maintenant taxée de lesbianisme aigue, alors qu’elle voulait juste bien faire son boulot.
Sinon y a ma collègue de bureau, qui chaque matin me raconte ses aventures extra conjugales, mais qui se sidère du mariage gay. Un jour elle m’a demandé si j’avais de bonnes séries à lui conseiller, je lui ai parlé de The L Word. Elle m’a répondu «  Beurk, c’est pour les lesbiennes ». Ah oui c’est vrai, au même titre que Docteur House est réservé à un public de médecins.
Je perds le fil, je devais vous parler de mon voyage. Alors il s’est rien passé de spécial. Au retour, je trimballe toujours des valises trop lourdes, et je tente de sortir les mêmes prétextes pour pas payer d’excédent de bagages. S’il vous plaît monsieur, je viens de finir mes études et je déménage, c’est normal d’avoir plein d’affaires. Ca marche presque à tous les coups. Sauf la dernière fois où le type m’a sorti  avec un regard noirrrr « Mademoiselle, vous m’avez déjà dit ça y a six mois ». Il a fallu que je tombe sur le même et qu’il me reconnaisse. Ensuite j’ai fait mon air de chien battu (c’est pas difficile pour moi, surtout avec le khôl qui coule), je lui ai fait pitié et j’ai pas payé. Encore une victoire de canard.
Avant d’embarquer dans l’avion, on m’annonce que je suis surclassée. Dans ces moments là, alors que ton cœur danse la rumba, tu fais un sourire poli et tu dis ah c’est bien merci. De la classe affaires j’ai mangé des crabes pannés (c’est pas mal), un brownie gélatineux (c’est mal). J’ai zieuté la première classe, y avait des filles aux parfaits petits bagages vuitonisés, alors que mes valises à moi elles sont toutes bossues de partout. Même pas je les envie.
Et j’ai vu devant moi  une femme, simple et classe, qui lisait un livre, en soulignant certains passages. J’étais curieuse de savoir de quoi il s’agissait, c’était très chic comme gestuelle. Elle s’est tournée et m’a souri. Un sourire doux et lumineux, un de ceux qui réconcilient les lesbiennes et les malades, qui remettent le khôl à sa place, un de ceux qu’on aimerait voir plus souvent.
Quoi je suis lesbienne ? Mais non, y a pas d’homos ici,  que des clandestins et des refoulés à la frontière. Souriez, vous êtes bien arrivés à Alger.
Mamzelle Namous

[1] Un truc honteux

My very first guest

Du nouveau dans la rubrique invite! D ‘autres textes vont bientot suivre, n’hesitez pas a cliquer dessus!

mamzelle namous

Drague moi si tu peux

Après quelques années en France, je me suis rendue à l’évidence que les français ne draguent pas. D’où la difficulté de faire des rencontres. En Algérie, les hommes n’ont pas ce problème.
Ils ont la langue facile. Évidemment je parle des gars qui vous accostent dans la rue, de la « drague sauvage ». Pas de ceux que vous rencontrez chez des amis et qui comptent vous séduire en vous parlant de leurs projets immobiliers à ouled fayed…
Dans la rue, certaines filles qui n’ont pas froid aux yeux pratiquent aussi la drague sauvage. Ce sont en général celles qui ont froid aux cheveux.
Bien sur, on regorge tous de dizaines d’anecdotes (que dis-je, de centaines) sur les relou qui nous emmerdent.  Il faut saluer l’imagination des garçons, la vulgarité des filles, et se préparer psychologiquement à chaque sortie. Un matin où je sortais très tôt faire imprimer un papier parce que plus d’encre à la maison, même pas ptit déjeunée, j’ai entendu une phrase à mon encontre digne d’un film porno. Pourquoi tant de haine ?
Un jour de printemps ou j’ai dû marcher une minute pour rejoindre ma voiture, et que j’avais une robe même pas très courte, même pas moulante, j’ai récolté un commentaire par mec croisé. Le plus mémorable étant «  Heureusement que je suis marié ». Ah parce que si t’étais pas marié, il se serait passé quoi au juste ?
Ce qui m’étonne surtout c’est le manque de conscience des mecs. Ils sont inchoufables[1] mais ont la certitude qu’ils ont des chances avec n’importe qu’elle fille. Un jour que j’étais à la plage, le matin, seule, tranquille, avec mon maillot Eres (enfin ça aurait pu être un Eres) à bouquiner, je me tourne pour voir l’horizon, et vois un mec d’au moins 50 piges avec une chiée de gosses. Le genre qui bouffe de la pastèque et du pain à la plage. Et là je vois le vieux qui me fait un signe avec son téléphone. Il a cru qu’en gigotant son téléphone, j’allais courir lui donner mon number ?
C’est pas le mec qu’a bien vieilli genre Richard Gere, juste le vieux typique bedonnant dégoutant. Et ce mec là croit sérieusement que tu peux t’intéresser à lui ! Toi qu’as travaillé dur pendant un mois pour avoir le ventre plat (ou presque), qui bosses scrupuleusement sur ton bronzage, qu’as dépensé des sommes faramineuses pour que ta masse de boucles te tape pas la honte quand tu sors de l’eau, qu’as enfin appris à te faire un maquillage de plage, toi qui as une crème pour chaque partie du corps, et qui espère donc pécho du mec à la hauteur de tes investissements corporels.
Et le vieux, tout con, tout content, dans quel monde il vit ?
Quand j’en ai parlé à ma cousine, elle m’a dit qu’il tente le coup parce que certaines filles sont intéressées. Peu importe à quoi il ressemble, ce qu’il est, ce qu’il n’est pas, l’essentiel est qu’il lui paie certains diners, certaines fringues. Pauvres filles désespérées.
Moi j’ai déjà quelqu’un qui me paie tout ça, il s’appelle l’autorisation de découvert bancaire.
Ca peut aussi s’appeler un salaire. Une bourse. Des parents. Des économies. Une allocation chômage. Un braquage de banque.
Et si rien de tout ça, eh ben ma foi, faut se passer de certains luxes. Le naturel, c’est bien aussi ! Un jour j’essaierai. Un jour j’y arriverai.
Tout ça pour dire qu’il faut avoir conscience de ce qu’on est et de ce qu’on vise. Les marges de manœuvre sont larges, mais faudrait quand même que les algériens ouvrent les yeux de temps en temps. C’est pas parce qu’on est célibataires, qu’il y a plus de filles que de garçons, qu’on est toutes matérialistes, qu’on rêve toutes d’un mari, et d’un amant en l’attendant, qu’on est prêtes à accepter n’importe quoi.
D’ailleurs, même le coup de je te drague en te donnant le prix de l’appart que je vais acheter, y en a un peu marre. Dans la vie, y a deux catégories de garçons, ceux qui se vendent en vous parlant de leurs plans épargne-logement, et ceux qui vous vendent du rêve en vous abordant timidement dans un avion, un quai de gare, un petit café, une agence de recherche d’emploi, une boulangerie. Et deux catégories de filles correspondantes, celles qui ont des plans et celles qui ont encore l’envie de rêver.

Mamzelle Namous



[1] Trop moches