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No Man’s Land


Salut les amis, la semaine dernière j’étais à mon endroit préféré sur la terre, ma coiffeuse de quartier.
Ce salon de coiffure est un endroit VIP, la porte fermée à clé, avec effet on voit dehors mais pas dedans. Et ce n’est pas à tout le monde qu’elles ouvrent la porte les nanas. Je le sais, je suis souvent dedans.
Une fois à l’intérieur c’est un monde merveilleux, où le mot balai n’existe que deux fois par semaines,  où les fourmis ont fait leur nid dans les miroirs, se confondant ainsi au reflet des points noirs.
Une phrase que vous n’y entendrez JAMAIS : «  La température de l’eau vous convient ? »
Toujours brulante l’eau, seules les femmes au-delà de 50 ans ont le droit de se plaindre.
Y a un truc bien avec le lavage des cheveux chez la coiffeuse, c’est qu’en même temps elle te nettoie tout le corps et ça c’est bien.
Après ça, elle te passe une serviette jaunie par le temps sur la tête et tu passes au brushing.
Oui le brushing est la seule chose faisable. Je me suis risquée une fois à lui demander de me couper les cheveux, et c’était l’évènement de l’année au salon. Mais je lui faisais confiance, elle était tellement douée la coiffeuse qu’elle tenait les ciseaux d’une main et son téléphone de l’autre. Le résultat fut si moche qu’elle m’a offert six mois de brushing gratuit, le temps que ça repousse. Vous savez maintenant pourquoi j’y vais souvent. J’en suis à trois mois, je sens que mon crâne, à force d’être tiré, quitte lentement  mon corps.
A la fin, elle me propose un peu de gras. Hein ? Le gras, ce mot glamour pour signifier produit hydratant. Non merci, celui de mon cuissot me suffit.
Je n’ai jamais franchi la partie « esthétique », de l’autre coté du rideau, parce que bon voilà, pas trop envie de choper un kyste ou une MST. Y a des limites à l’aventure.
Dans un salon de coiffure on parle de tout. Le mariage de Kate et William,  les nanas en parlent comme si c’était celui de leur frère. Le problème de visa pour la France, elles ont trouvé une solution à l’échelon national : le boycott. Parce que tu vois, si personne ne demande de visa, yetghazlou !
Alors j’en profite pour lancer  ce mouvement : si tu ne vas pas au consulat, le consulat viendra à toi.
Ca parle aussi du fard à paupières mauve fauve de Bourguis, que la cousine d’Aldjia a fini.
Dans un salon de coiffure, il y a des filles qui passent des heures à se pomponner, et juste avant de sortir elles enfilent leur hijab, et moi ça m’étonne à chaque fois. A quoi bon souffrir pour être belle – cette expression prend tout son sens-  uniquement entre les quatre murs de ta maison.
Les seuls hommes à pouvoir admirer cette chevelure brulée, graissée, brillante et soyeuse, sont ton père et frère, et franchement ça craint pour elles. C’est toujours eux les plus critiques.
Et puis aussi c’est injuste pour les autres filles qui doivent affronter les yeux du monde même dans les bad hair days (bad hair life dans mon cas), alors que les voilées n’ont pas les couilles  d’être moches en public.
J’en profite alors pour lancer un autre mouvement : à bas le voile, mettons les voiles, face au monde soyons égales. Yeah !
Un jour, j’avais perdu une petite chaîne précieuse. A la chercher partout comme un droopy, je m’étais découragée.
Des semaines plus tard, je vais chez la coiffeuse, elle me demande si j’ai pas perdu quelque chose récemment. Oui ma virginité, pourquoi ?
Le  balai avait récolté le collier, et elle l’a sagement gardé en pensant à moi.
Ma coiffeuse de quartier, c’est la grande classe.
Mamzelle Namous

Le Syndrome du Monde

Alors ça y est, Ben Laden est mort. On y croit moyen à tout ça.
A force d’entendre nos grand-mères dirent que le 11septembre qui s’effondre c’est les américains eux-mêmes, que le froid en mai c’est eux aussi, que la boulangerie qui ferme c’est surement eux, on a fini par  contracter le syndrome du réflexe de paranoïa automatique. Le RPA.
On a aimé voir les télés ressortir leurs plus beaux spécialistes de politique internationale. Le profil idéal étant celui du type de même pas 40 ans, trois voyages moyen-orientaux à son compteur, l’envie de parler avec des concepts compliqués, l’envie de plaire, et l’illusion d’illusionner.
On a aimé voir défiler les images de Ben Laden, les mêmes depuis 2001.
On a adoré dire que le terrorisme en Algérie ne lui était pas totalement étranger. Que les premières victimes c’étaient nous. Autrement appelé le SUV (syndrome universel de la victimisation).
Bon, avec une décennie de traumatisme, on le mérite bien ce SUV. Certains en abusent un peu. On a tous un ami qui habitait au 10ème étage d’un immeuble en plein centre ville et qui a failli se faire égorger, in extremis.
Ouais ouais ouais, et moi j’ai survécu à une bagarre avec un ours un jour en 1996.
On a rappelé qu’un jour, au milieu des années 1990, une femme (je sais plus son nom), a dit au monde que si les étrangers ne s’occupaient pas du problème algérien, le terrorisme ferait des ravages mondiaux.
On s’est souvenu, avec amertume, des moqueries qu’avait suscité le président Zeroual, quand il a demandé aux banques anglaises (ou autres) de bloquer les comptes des réseaux terroristes.
Fermons cette parenthèse de SUV.
Vous vous souvenez quand l’actrice Marion Cotillard a émit des doutes sur l’histoire du 11 septembre, et qu’Oh Mon Dieu, comment a-t-elle pu dire une chose aussi incongrue ? Eh bien en Algérie, c’est l’inverse, c’est croire le discours officiel qui vous apparente à un imbécile.
Les océans se renvoient la balle de la crédulité et de la paranoïa. C’est aussi ça le libre-échange.
Ce qui m’étonne toujours c’est la différence de point de vue entre les mers, et la peur de ne pas savoir nager.
Je disais l’autre jour à une grande amie que non ceux qui croient que Ben Laden est mort dans les conditions présentées ne sont pas forcément des idiots. Que depuis l’enfance, on est éduqués de façon à voir les choses d’un certain angle.
Qu’il faut accepter le déterminisme des autres et voir le sien.
Le dépasser est une autre étape.
Y en a qui appellent ça l’ethnocentrisme. En France on apprend à l’école, qu’aux Etats-Unis, l’Amérique est au centre des cartes du monde et ça fait rire les élèves. Les profs d’histoire enseignent que la guerre d’Algérie c’est loin derrière.
Le français grandit avec l’idée que les iraniens sont des arabes comme les autres, que les arabes sont antisémites, et que l’islam est une race à part.
A l’école algérienne, on étudie tellement l’histoire et la géo de notre pays que ça finit par être gerbifiant.
L’algérien est un francophone comme les autres.
Tant que nous grandirons dans un monde où l’éducation cherche plus à nous façonner qu’à nous grandir, ne nous étonnons pas de souffrir d’étranges syndromes.
Mamzelle Namous

Dar el Diaf

Ceci est un message de la Blog Ideas Team : La page Invités  est en train de mourir de solitude, sauvez la!

Edit 21h15, une âme généreuse a prématurement entendu cette appel au secours, et en plus son texte il est bien, allez vite lire les aventures de proprounet !

Photographie algéroise

Vous vous souvenez qu’il y a quelques temps on a dressé un portait authentique de l’Algéroise ? Depuis, je ne cesse de recevoir des demandes (enfin une)  pour que l’on fasse la même chose avec l’Algérois.  L’exercice m’a paru difficile, parce que je ne connais pas les garçons, et je risque de dire des choses qui vont me condamner au célibat. Alors ce portrait j’ai pas voulu le faire,  mais devant l’insistance du public j’ai cédé.

Pardonnez-moi lecteurs si j’ai péché.
Dziri, c’est le nom d’un magazine masculin genre GQ, mais pas vraiment ressemblant. L’algérois ne le lit pas, parce que les revues de ce genre c’est un truc de filles.
L’algérois a un accent d’arabe qui  roule des rrrrrr quand il discute avec ses copains, mais parle comme un Ardisson  quand il s’adresse à une fille. Un truc de mec, nous ne demanderons aucune explication.
L’algérois vit une histoire d’amour avec son coiffeur. Vous ne le savez pas, mais le coiffeur tire son inspiration des pages sport, la coupe Zidane  fait fureur en Algérie. Le gel aussi.
Il boit son café du matin dehors, parce que c’est plus fort, plus homme, plus viril. Si votre copain boit du thé à la fleur de lotus, alors votre spécimen est gay.
L’algérois est soit maigre, soit un peu enrobé. Les beaux corps ne courent pas les plages à Zéralda.  Quelque chose dans les gènes, dans le couscous de maman, dans le frite-omelettes  de midi, dans le foot du vendredi.
L’algérois Déteste les filles matérialistes, mais jamais vous ne le verrez  avec une basket  non marquée à son pied. En général il fait très jeune son choix entre Nike ou Adidas.  Une fois les pompes enlevées, place aux bligha, ô combien sexy. 
Le dziri n’aime pas les films français. C’est, à ses yeux,  un objet cinématographique non identifié, et les acteurs ça se voit qu’ils jouent la comédie, et y a des scènes qui servent à rien.
Sa petite sœur, nous pleurons son sort.
Accompagnée d’une fille ; peu importe leur lien, l’algérois ne la laisse jamais payer. L’inviter ou partager la note, c’est la castration directe. C’est sa souveraineté nationale qui est en jeu là.   Le comité international des radines sans frontières (le très sérieux CIRF)  lutte d’ailleurs pour répandre cette pratique du mec qui paie à un échelon mondial.
Il faut le dire, il peut arriver qu’il ne se douche pas tous les jours (ça c’est bien universel), et lorsque le jour du grand bain arrive, il aime utiliser Tous les produits présents dans la salle de bains.  Y compris ceux qui ont coûté un bras à sa pauvre petite  sœur (pleurons de nouveau son sort).
Il vote jamais, il a un avis sur tout. Déteste ce gouvernement, source de tous ses problèmes.
Les jours de chômage, et Dieu sait qu’il connaît ça le chômage, il se lève à 14h, grogne contre sa moman  parce qu’il n’y a plus de pain, sort traîner avec ses incontournables potes de quartier (élevés au rang de sacré ceux là), et rentre chez lui a 22h cherchant le dîner.
Le jour du petit aid, l’algérois a fait la queue 30 minutes  devant un débit de boissons.  Quand il a appris que sa copine ne mangeait pas toujours hallal, il lui a fait la morale pendant une heure. Ça n’a pas duré longtemps entre ces deux là.
N’allez pas imaginer que notre algérois n’est qu’un type en jogging blanc sali, cigarette  au bec , ronchon, qui passe ses journées à se plaindre. Ça c’est notre voisin qui fait un peu pitié.       
                                                                                                          
L’algérois, le vrai, le beau gosse, le mec classe qui nous fait glousser, lui il a quitté le pays il y a bien longtemps. Ou bien il rêve de se barrer, et il raconte ses envies d’ailleurs, en ronchonnant.
L’algérois, c’est souvent  ce mec bien, dont l’univers a mal distribué l’âme.
Mamzelle Namous

Jeune Vie Rangée

Jeune Vie Algéroise revient vite avec de nouveaux articles. JVA est un peu déprimée en ce moment, pas pour cause de mauvais temps. Mais pour cause de mise en péril de sa santé mentale.
La vie de famille est à consommer avec modération. Faire fi des caleçons des frères qui traînent dans la salle de bains le matin.
Passer 15 minutes à apprivoiser ses cheveux, être contente du résultat, et avant de sortir entendre sa mère dire « Ben mina tu te coiffes pas? »
De quoi passer une excellente journée… Journée ponctuée par les coups de fil exaspérés du père, pour cause de manquement aux obligations d’accomplir certaines formalités administratives. Oublier de refaire son passeport équivaut à être une ratée chez mon père. Alors ça crie, ça crie.
La journée s’achève par certaines tâches ménagères. Après quelques mois de vie familiale, on finit par admettre que non la maison ce n’est ni un resto, ni un hôtel. Il faut participer, comme dans loft story.
Sauf que loft story version famille algérienne, c’est le grand ménage du printemps toutes les semaines.
Et moi j’ai quelque chose de particulier avec le bordel, j’aime ça. J’aime pas les vies trop rangées.
Quand je pense au mois de ramdane qui arrive, je pleure.
Je me sens tellement coincée  dans la ville qu’une sortie un samedi à Staoueli m’est d’un grand exotisme. Si on fait abstraction d’un tas de choses, c’est un coin encore sympa. Suffit de regarder constamment en l’air pour voir les jolies constructions d’avant, fermer les yeux sur les horreurs urbanistiques, se boucher les oreilles à chaque passage d’émigrés ( je sais pas pourquoi ils kiffent autant Staw), et apprécier une glace. Je me suis tellement habituée au prix de Sidi Yaya et autres El-Biar, que lorsque le glacier m’a annoncé 100 dinars pour 4 boules (oui que pour moi), je me suis écriée Oh c’est tout!  J’espère que je suis pas passée pour une émigrée. Non ils ont un français bien à eux, les émigrés qui traînent à Staw.
Je me suis perdue sur le chemin de la forêt de Bainem aussi. Là c’est carrément l’équivalent du tour du monde pour moi!  C’est magnifique. Toute contente d’avoir vu du pays, je raconte les road trips de mes week-end à mon amie Naelle qui habite aux Émirats.  Je reçois en échange, ses récits à elle. Dans une phrase, il y a un voyage à Oman, un concert de Maroon 5, du yoga, de la piscine, et du shopping.
Notre amitié a survécu à ça.
Le jour où je lui dis que j’ai un copain, elle va m’annoncer son mariage avec un prince arabe, j’en suis sûre.
Dans cette vie, je repense à cette phrase « Je connaîtrais donc à nouveau le découragement des réveils où ne s’annonce aucune joie; le soir la caisse à ordure qu’il faut vider; et la fatigue et l’ennui. » C’est de Simone de Beauvoir dans ses Mémoires d’une jeune fille rangée.
J’aurais pu l’écrire cette phrase (sans le style, et sans la caisse à ordures!); et il y a presque un an je pensais qu’elle me suivrait.
 Mais j’ai décidé de voir la ville en beau, ça implique souvent les yeux au ciel, un merveilleux nuage ça déçoit jamais, la tête en l’air, un peu l’air con, mais je vois plus de beauté autour. Et ça enlève son charme à cette idée que l’ennui est inhérent à Alger.
J’ai même envie de me mettre au streetstyle, vous savez cette pratique qui consiste à prendre des gens qu’on trouve stylés en photo et à mettre ça sur un blog.
Y a quelques mois je me disais qu’il n’y avait pas assez de gens qui me plaisaient dans les rues, et que de toute façon personne n’accepterait.
Mais depuis quelques temps, j’en vois beaucoup, des gens qui seraient des visages à JVA. Vous en pensez quoi?
Mamzelle Namous

Jolie Vue

Y a des jours dans la vie où on regrette sa vie. On a une super expression en arabe pour ça, qu’on emploie souvent certains jours.
Les jours où le réveil annonce une profonde fatigue. Les jours où ton corps est resté coincé deux heures dans les bouchons, pour cause de grève. Que ton âme politiquement correcte veut pas insulter les gens de l’Aadl qui t’ont bloqué.
Les embouteillages te font regretter le choix d’être allé au boulot, mais depuis qu’on sait qu’on a un président malade qui exerce quand même ses fonctions, on peut plus  invoquer un état maladif pour sécher son travail. S’il peut faire de la figuration tout en étant mourant, on peut bien tous faire un effort.
Sur  cette autoroute je vois un type en Clio qui fume une pipe, et ça a quelque chose de joli. Je vois une fille qui se remet du crayon noir tous les vingt mètres. A l’entrée de Hydra on a repéré une face de panda, c’était elle.
Je vois 36 voitures auto collées Apple, c’est pas Steve Jobs qui a lancé une voiture en Algérie, c’est juste un truc de cavi (ringard) qui s’est étendu aux autres couches de la population. Ca avait quelque chose de joli.
Je viens de perdre deux heures de ma vie inconséquente dans la chaleur de la voiture alors j’ai envie de tuer tout le monde, même la fliquette du barrage qui n’arrête que les hommes. Sauf que j’ai remarqué qu’elle avait du vernis rouge, et c’est joli ça. Je me fais un film de sa vie, comment elle doit jouer a à la dure pour se faire respecter, essayer de rester coquette, se faire charrier sur son ptit cul par les autres flics, se faire défendre par son collègue Karim, celui que tout le monde admire au commissariat, comment un jour ils s’embrasseront clandestinement dans le vestiaire, sur fond d’une chanson de Faudel. La réalité doit être moins romantique que mon imagination, mais faut bien se mettre du bleu à  l’âme entre les barrages.
Passons sur la journée de boulot parce que si je parle trop je risque d’admettre que j’ai tué une collègue qui se marie bientôt et qui a jugé utile de venir me demander mon avis sur le choix du carton d’invitation. Quand je l’ai invité à me laisser tranquille, elle a sorti plusieurs modèles de son sac, et à entendre ses remarques sur la classe de certains modèles à roses intégrées, j’ai pensé tellement fort à lui enfoncer sa rose dans la trachée que je crois que ça a marché.
Avis aux filles qui se marient ; arrêtez d’emmerder votre monde avec la salle, les fleurs, le faire-part, la taille des gâteaux, le coca-ou-hamoud, l’épilation prénuptiale, le traiteur. Les seules personnes que ça intéresse sont votre mère et votre belle-mère. Et votre copine Soumia qui vous veut du mal.  Merci de votre compréhension.
En rentrant à la maison plus tard, je passe chez l’opticien récupérer mes lunettes, l’Algérie m’a rendu myope. Chez lui, y a une nana qui veut le payer en euros, elle sort un tas des gros billets français, lui il refuse. Elle se casse 5 minutes pour faire le change, pile le temps qu’il faut pour qu’on puisse se faire un film de cette trafiquante sans foi ni lois qui veut lui fourguer de faux billets et qui reviendra probablement jamais. Elle est revenue, mais commérer comme ça sur du vent avec un inconnu, ça a quelque chose de joli.
Je suis myope et moche, mais je conduis mieux.  Dans la rue devant chez moi je vois un vieil éboueur triste qui balaie, une petite fille en petite robe orange court en sautillant de joie enfantine. Quand elle passe devant lui, elle le regarde et lui dit « rabi i3awnek » (que Dieu t’aide).
Je suis contente de pas être sourde et d’avoir entendu ça. Ca avait quelque chose de très joli cette scène.  A la fin de la journée, je regrette moins ma vie.

Mamzelle Namous

De la perte de facultés et autres maux

Il se passe des choses bizarres à Alger en ce moment. On se fait encercler par des jeunes en colère deux fois en une semaine, on sent la peur qui monte au ventre et on en redemande.
On bloque ses portes, on ferme ses vitres, on crève de chaud si comme moi vous n’avez pas la clim et on regarde les jeunes courir. On les entend chanter l’hymne nationale bis (min jibalina tala3a sawtou…)  et ça donne la chair de poule.
En rentrant chez soi, on voit de plus en plus d’étudiants qui manifestent, et oh ils portent des blouses blanches. J’espère que ce ne sont pas nos futurs médecins au moins. Oh mais si, mais quoi ? Moi mon homme rêvé il est médecin, alors je voudrais que les hommes vieux et malades du gouvernement donnent tout ce qu’ils veulent aux étudiants en doctorologie (ce mot n’existe pas ?) médicale. Enfin, il ne faut pas trop en vouloir à ces hommes là, ils pensent que les vrais médecins ça n’existe que dans les contrées suisses.
Y a aussi des dentistes dans la horde. Eux ils militent pour que la dentisterie (ce mot existe) devienne un service public. C’est bien ça ? Ca devrait être ça.
Les gens de Babez aussi ils font la grève, à cause du LMD, ou des locaux pourris, je sais plus.
Les jolis gens de l’INC sont en grève aussi, depuis 1999. Plaisantations (ce mot n’existe que pour dire que je plaisante et que je suis désolé).
L’INC est une grande école, qui s’apelorio HEC, et qui n’est pas contente parce qu’elle ne trouve pas non plus son compte dans le LMD.
Y a des gens très bien à l’INC, et en plus d’être jolis, pistonnés, frustrés, doués, y en a qui ont  très récemment créé une revue dont le premier numéro vaut un grand détour. Ca s’appelle Oxymore (ce mot existe wechbikoum). Jetez y un coup d’œil.  On va beaucoup en entendre parler, sur internet, à la télé (waow), à la radio (waow waow). Oui passer à la radio est bien plus waow que de passer à la télé.
Tiens, en parlant de ça, je suis passée à la radio moi aussi la semaine dernière. C’était pour parler des contraintes liées au développement des énergies solaires en Algérie, tellement je suis une intello qui a réussi dans la vie grâce au LMD…. Non c’est pas vrai, c’était pour parler de jeune vie algéroise. J’ai donc pu mettre en pratique le triptyque voix belle douce et suave. Et si ça s’est pas entendu, c’est parce que la radio ça déforme vachement les voix, c’est connu.
Ce qui est moins waow, c’est mon collègue de bureau qui a reconnu ma voix,  qui doute que c’est moi, qui s’est jeté sur le blog, qui a pas mal lu et qui m’a demandé qui pouvait bien être ce bougre. Silence beau, doux et suave….. Et ça s’est pas entendu.
Il m’aurait entendu dire deux mots à la radio, homosexualité et avortement, et du coup il croit que j’aime trop les filles pour être une fille bien, et que régulièrement je rejette des rejetons.
C’est la connerie qui devrait être en grève, et là peut-être que le gouvernement pourrait l’entendre (ce mot existe, il a deux sens,  mais pas toujours).
Mamzelle Namous

Dzeriet

                            
On connaît tous plus ou moins le concept de la Parisienne, cette française chic l’air de rien, qui a ce french je-ne-sais-quoi que le monde entier envie. Ce qu’on connaît moins, c’est le concept encore plus bidon de l’Algéroise. L’algérienne, que toutes les filles hors d’Alger envient, que tous les hommes  craignent, qui est chic et qui le montre.
 Généralités généralisantes sur l’une de nos richesses nationales :  
A l’instar de la parisienne, l’algéroise fume beaucoup, mais en cachette de sa famille . Parce que fumer, ça ne se fait pas, et avec le temps elle a développé des critères de cachotterie extrêmement sophistiqués.
Si la parisienne s’est émancipée à 18 ans, et vit dans 19m²  en plein Paris, l’algéroise, elle, vit dans la maison de ses parents. Parce qu’habiter seule à Alger, ça ne se fait pas.  Y a bien quelques cas isolés, mais qui répondent à des situations particulières (les parents sont allés vivre en Ouganda et la pauvre fille a dû rester seule). Sinon seules les femmes divorcées vivent seules, et les filles de mauvais genre. Mais l’algéroise, l’authentique, tient à son image de bent familia (fille de bonne famille).
L’algéroise se case assez vite et aspire à se marier dans sa vingtaine ou jeune trentaine.  Quand elle n’y arrive pas, personne ne la compare à une femme de Sex & the City, mais à une fille qui n’a pas eu de chance, qui travaille trop, où à une fille victime du mauvais œil.
Quand elle a un mec (et elle en a souvent), l’algéroise passe ses soirées avec lui… au téléphone. Elle lui raconte tout, et lui aussi. Quand sa famille a changé de marque de P.Q, il l’a su.
Même quand  elle est étudiante, elle ne sort presque  jamais avec des étudiants. Parce qu’ils sont pauvres. Et elle se dit qu’elle vaut mieux que ça. Elle dit qu’elle n’est pas matérialiste, mais juste réaliste.  Quand elle parle de son petit copain à ses amies, la troisième phrase comporte trop souvent la marque de sa voiture, et le ton qui va avec. Et les réactions enchantées qui valident le choix de l’élu.
L’algéroise se demande comment font les gens qui vivent dans d’autres villes. Elle passe son temps  à se plaindre qu’il n’y a nulle part où sortir à Alger, alors elle imagine la cata à Béchar ou Tindouf.  L’intérieur du pays, elle n’y va jamais d’ailleurs.
Elle connaît les endroits branchés où aller, mais y trouve rarement sa place. Un passage sur le site dz-night l’effraie et l’incite à passer tout son temps avec ses amis dans des endroits simples, chez eux.  Elle passe son temps à déplorer l’arrivée des ploucs dans sa ville.
Elle passe aussi  des heures à râler contre la circulation, le trop de barrages, les flics qui n’arrêtent que les filles, et le manque d’espaces verts.  Mais elle ne sait tout simplement pas marcher.
Le reste du temps, elle est chez la coiffeuse. Ses cheveux c’est sa vie, toute sa vie.  Ils sont toujours très beaux, et elle toujours bien habillée et ses ongles parfaits. Elle ne comprend pas et critique ces femmes qui ne font pas attention à leur look.
Elle fait son shopping chez fashion planet et autres grands spot. Ses bonnes adresses plus perso, elle ne les donne pas à ses copines. L’algéroise n’est pas une partageuse de bons plans.  Même le nom de son ophtalmo, elle n’a pas voulu le donner à sa cousine qui a perdu un œil.
L’algéroise c’est aussi le nom en français d’une petit gâteau, dzeriet.
Elle a toujours raison, elle sait tout sur les  grandes familles d’Alger , elle est la plus jolie.
L’algéroise a grandi dans le culte de la phrase « ça ne se fait pas ». C’est devenu un adage, un guide, une ligne à suivre. Forcément parfois elle se perd en route, et à force de barrages, dévie et développe une forme d’arrogance face au monde. Attitude qui fera croire à certains qu’elle n’est qu’une chieuse parmi tant d’autres.  Alors que trop souvent ce n’est qu’un réflexe de survie sociale algéroise.

Mamzelle Namous

Vodka Old Fashioned

C’est le 15 août aujourd’hui, il fait chaud, je souffre. J’ai ressorti le short et on m’a dit que j’étais folle à ma maison, alors j’ai mis un pantalon conventionné par les bonnes mœurs et mes jambes ont souffert. J’ai décidé de pas aller travailler quand je me suis rappelé que c’était la rentrée scolaire et l’idée de retrouver les embouteillages  a bloqué dans ma tête. Y a pas de clim dans la voiture, et j’ai imaginé le tcha3chib (frisottage algérien) dans mes cheveux et j’ai pas pu admettre cette idée. Faut que je trouve une solution avant demain.
Je suis donc restée à la maison, j’ai remis le short et avec ma grand-mère on s’est fait des citronnades. Ensuite on y a ajouté de la vodka et on a beaucoup ri, jusqu’à ce que ma mère arrive et me somme de faire le ménage. Elle m’a demandé de nettoyer les escaliers avec la serpillère et cette idée a débloqué ma tête. C’est pas un truc à se casser le dos ça ? Utilise le frottoir, qu’elle m’a dit. C’est pas une activité hyper dangereuse ça ?
Passer la serp dans les escaliers, quelle drôle d’idée. Ma mère elle s’est énervée, en disant que normalement c’est aux jeunes filles de faire tout ça, que dans toutes les maisons c’est comme ça, et que moi il vaudrait mieux m’avoir en photo finalement. Me suis tournée vers ma grand-mère pour qu’elle défende la cause des glandeuses sans frontières, mais ma grand-mère elle est dans  l’imaginaire, alors…
Alors mon short et moi on est allés au combat, c’est un coup à vous frisotter les cheveux le grand ménage. Quand j’avais tout fini de serpiller partout et que j’étais contente de pas être tombée,  j’ai vu qu’il y avait mes traces de pas sur le parterre mouillé. C’était pas écrit sur la bouteille de javel ça. Alors j’ai repassé dessus et ensuite j’ai volé jusqu’à ma chambre pour plus rien tacher. Et c’est comme ça que j’ai perdu ma journée. Ou presque.
Parce qu’après le ménage, ma mère a voulu qu’on parle de son sujet favori, le mariage. J’ai regretté de pas être allée au travail à ce moment là. Elle m’a demandé si ma position sur les rencontres arrangées n’avait pas évolué, et j’ai dit que je voulais une fontaine de tequila à mon mariage. Elle m’a dit que je rajeunissais pas, et j’ai répondu que je voulais une robe faite sur mesure par John Galliano (il a baissé ses prix dernièrement). Elle m’a rappelé que toutes mes cousines elles étaient mariées, j’ai demandé si on pouvait louer le château de Versailles pour une fête.
J’aime les  ententes de sourds assumées.
Quand elle a commencé à me dire que je buvais trop de coca et que c’était pas bon pour la santé, j’ai senti ma crise d’ado monter et j’ai fui dehors.  Sur la route un flic m’a arrêté parce que je sais pas pourquoi. Je comprends jamais si leurs signes ça veut dire ralentis, vas-y, ou arrête toi. Là y a eu les trois apparemment. Et les flics, y en a tellement qu’on les voit même plus. Ils sont dans le décor, ils devraient pas compter autant. Il m’a demandé pourquoi y avait pas l’étiquette nouveau conducteur sur mon véhicule. Il a vu ça à ma tête que j’étais nouvelle conductrice ? Délit de faciès j’appelle ça.
Ma destination, le magasin de DVD. Je cherchais Sex friends, mais j’ai pas osé dire le mot S** au vendeur qui est un vieux barbu qui porte des robes. Pendant que je lui expliquais que c’était hadak le film sur l’amitié,  une nana en voile islamique est entrée et a demandé du tac au tac la saison 3 de  « Journal intime d’une call girl ». Pour être sûre que c’était bien en VF , elle lui a demandé de l’essayer. Les premières scènes n’ont pas permis de déterminer la langue parlée et m’ont fait rougir. J’étais bien la seule.  Le barbu et la hijabiste eux  parlaient tranquillement des dernières histoires olé olé de la série. En arabe derja  les choses paraissent moins sexuées. Mais moi j’ose toujours pas demander mon film.
Il fait 30 degrés dehors début avril,  je comprends rien au temps,  je comprends rien aux apparences, aux bonnes mœurs, à ce qu’on conventionne.
Je suis rouge et frisottante, je ressemble à pas grand-chose. Remarque y a plus grand-monde qui se ressemble vraiment alors…. Vais aller partager une citron-vokda avec ma mère-grand…
Mamzelle Namous

Jeune vie d’ailleurs

Dans la peau de Marie-myriam, jeune fille de 30 ans, habitant la région parisienne.

Youpi, on bombarde la Libye, c’est trop bien. Depuis le temps qu’on attendait ça, quel soulagement. Je m’appelle Marie-Myriam et je vis dans ce monde où les méchants sont ailleurs, où l’Onu c’est la meilleure. D’ailleurs je suis contente de vivre un moment historique, ça donne plus de consistance à ma génération. Et la Libye, c’est loin, ça me tache pas.

Je vis dans ce monde où, même pas américaine, j’ai cru que j’avais voté pour Obama. J’ai aimé qu’il soit noir, qu’il soit beau. J’ai aimé qu’il soit démocrate, parce que moi qui me suis endormie pendant tous mes cours d’histoire, je pense que c’est des gentils eux.
Ma première insomnie c’était le soir de son élection.
La Libye, je vais regarder ça à la télé quelques semaines. Quand la blonde de France 24 aura arrêté d’en parler, c’est que ça sera réglé.
Je vis dans ce monde où je parle de politique internationale avec ma boulangère. J’ai une voisine d’origine algérienne. En 2003 je lui ai parlé de l’Irak en lui demandant ce qu’elle en pensait vu que c’était pas loin de chez elle. Elle m’a regardé drôlement. Sujet sensible j’imagine.
Je suis contente que ça n’ait pas dérapé au Maroc, j’y vais souvent en vacances. J’aime beaucoup voyager, ça m’ouvre l’esprit. Attention je fais pas du tourisme franchouillard club med. J’ai vu une fois un reportage sur ces gens qui voyagent partout mais qui comprennent rien. Je suis pas comme ça, je préfère les clubs look voyage, je sors de l’hôtel, je vais aux souks, je discute avec les arabes. Je trouve dommage que les filles soient voilées. Les soirs de cuite, je me tape Mounir, le dj. Il mixe trop bien, un peu trop de funk a mon goût, mais par contre j’aime beaucoup la musique traditionnelle arabe. Le raï ils appellent ça.
N’empêche j’étais contente quand les peuples arabes se sont soulevés. C’est beau à voir. Ca ressemble au printemps. Y a de la spontanéité là dedans, cette chose qu’on croyait morte. Et l’effet domino ça donne presque envie d’y être. J’espère que ce mouvement gagnera l’Afrique Noire.
Je comprends pas les sceptiques, les peureux. Moi je suis solidaire, je me suis même frisée les cheveux pour la beauté du geste.
L’impuissance, c’est terrible pour nous qui vivons dans des démocraties. Je voudrais que tout le monde ait notre chance. Heureusement qu’à l’Onu ils se bougent.
Faut pas croire que je me la joue à l’européenne qui veut sauver le monde. J’étais contre l’invasion de l’Irak moi. Mais là c’est différent, le packaging est plus joli.
Je vis dans ce monde où les bons gens ont détesté Bush. Le pire président américain, qu’ils sont cons ces amerloques de l’avoir élu. Lui et ses théories sur le bien et le mal, ça nous a bien fait rire.
Dites, vous croyez que Kadhafi quand ils vont le tuer, ça va circuler aussi sur Youtube ? Je suis pas glauque hein, mais j’aime bien voir ce genre de trucs. Et puis vu tout le mal qu’il a fait, on va pas lui accorder de la dignité humaine.
Mamzelle Namous