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Joyeux Carême

C’est le ramadan, c’est l’éclate à fond.

Le principe est simple : l’estomac ralentit son activité, les pas aussi, le pays aussi.

ON chasse les mauvaises pensées, les anges tombent.

 

 

Comme c’est un mois très cool, les patrons ne sont pas très regardants sur les retards, et ta grasse mat perd de sa culpabilité.

Tu te prépares tranquillement, tu perds pas ton temps en petit dej.

Avant de sortir, ta mère te fait remarquer que tu es trop maquillée. C’est un hommage perso à Amy Winehouse, les gens comprendront.

 

Au matin, la ville est sèche et un peu grise. Tu visualises l’expression «  le temps semble s’être arrêté ».

 

Au travail, l’homme-scanner qui fouille ton sac te regarde bizarrement. Tu te souviendras plus tard qu’une tablette de chocolat traine au fond du sac depuis trois mois.  Tant pis pour ton image, il comprendra ce qu’il voudra.

 

Dans le locaux, les filles sont pâles et les garçons de bonne humeur. Ce sont les débuts, et même si la cigarette manque, il y a une certaine euphorie à ce changement d’air.

 

Les gens ne travaillent pas, c’est comme d’habitude, mais durant un mois cette paresse sera légitime.

On s’échange dvd et écouteurs, on ferme les portes à clé, on somnole.

On entend des bonnes femmes se plaindre, déjà.

On se demande ce qu’on a cuisiné la veille, et déjà une division entre ceux qui se doivent de manger la chorba tous les jours et ceux qui ont une vie.

La semaine prochaine, ça sera un clivage entre ceux qui ne mangent jamais les restes et ceux qui ont une vie.

 

On se choque un peu de ceux qui ne le font pas. On ne comprend pas, c’est pourtant sacré le Ramadan.

La prière ok, on admet son inobservation. Le reste aussi, on a même le droit d’être une mauvaise personne. Mais le Ramadan, tout de même….

 

On reçoit des invitations soirées ramadanesques sur facebook, mais on est déjà fatigués à l’idée du son, de la foule, de l’arnaque.

 

En rentrant chez soi, on remarque que  notre fast-food préféré est devenu fast-zlabia, mais le bon sens, et les abeilles qui tournent autour, nous dicte de ne pas nous arrêter.

 

 

De retour à la maison, la mère se plaint déjà des prix qui grimpent, qui doublent. Le citron a flambé. Exit les rondelles de citron dans son coca le soir. La citronnade, elle, prend des airs de grand cru.

 

Peu avant le ftour, si vous n’êtes pas occupés à cuisiner ou à dormir, vous pourrez regarder les séries d’ambition humoristique de la chaîne algérienne. L’occasion de voir qu’il y a en tout 5 acteurs qui tournent en Algérie. Ces séries sont à mourir de rire, vous me comprenez.

 

Celle après le ftour est d’ambition tragique. C’est à mourir de rire aussi.

 

Plus tard, quelques heures sépareront  le ftour traditionnel en famille, et les soirées mousse dans des piscines ou boîte de nuit branchouilles.

Les jeunes se plaindront des prix des boissons et des gâteaux, mais avaleront tout de même.

 

Quelque part entre le drame et la comédie du carême, on se souhaite, à longueur de journée  saha ramdanek.

 

 

Mamzelle Namous

 

 

Mariage et Envie d’Enterrement

C’est l’été, les gens se marient, et nous, bah, on les regarde se marier.
Vous n’avez pas envie d’y aller à tous ces mariages, mais vos parents se chargent de vous rappeler que si vous n’allez nulle part, personne ne viendra à votre fête à vous dans quelques années. Et ça vous imaginez pas.
Y a d’abord eu le mariage de la fille de votre plombier.
Vous ne  la connaissez pas, mais vos parents tiennent à garder d’excellentes relations avec le monsieur qui vient déboucher votre lavabo trois fois par an, alors ça ne se discute pas.
La fille du plombier se marie dans une contrée lointaine et inconnue, Sidi Moussa. Vous y arrivez avec vos talons argentés, et vous découvrez ce que toute jeune fille appréhende : la non-mixité des festivités.
Pas même un cousin qui traîne dans la salle avec sa caméra, que des nénettes. Vous auriez su, vous auriez zappé la partie je m’achète un wonderbra. C’est pas ce soir que le célibat finira.
Votre mère aussi est déçue, mais ça ne se voit pas, son visage s’orne automatiquement d’un sourire quand elle entre dans la salle. Vous ne récupérerez votre maman que de longues heures plus tard.
La fille du plombier veut vous faire plaisir, alors vous êtes placées à la table d’honneur (avec la femme de l’électricien), juste en dessous de la clim.
La clim crache des icebergs, vous allez mourir d’une pneumonie, vous pleurez pour de vrai.
Le sourire de la mère se fige un peu et ses pieds vous tapent sous la table. Paraît que ça se fait trop pas de chialer à un mariage. Sauf à faire passer ça pour de l’émotion.
Mais vous n’avez jamais été une bonne actrice.
La mariée porte une perruque blonde et un masque sur le visage. Vous vous prenez en photo avec elle, vous pourrez faire croire à vos amis que vous étiez à Londres et que c’est Barbie chez Madame Tussaud.
La semaine d’après il y a eu le mariage de la fille de l’ex-directeur du protocole de telle administration.
Vous ne la connaissez pas, mais vous étiez dans la même école primaire. Alors pour vos parents, c’est quasiment votre meilleure amie et ça ne se discute toujours pas.
Comme toutes ses copines, ses parents ont choisi la salle d’un  grand hôtel, comme ça tout le monde a les mêmes photos de mariage.
Au lieu de vous préparer, vous devenez la domestique de votre mère. C’est le drame quand elle ne retrouve pas le foulard assorti à sa pochette et la maison se transforme en tsunami.
Personne n’est prêt mais votre père attend déjà dans la voiture.
Vous arrivez à salle du Sheraton (ou Hilton/St Georges/Aurassi), et chez les gens huppés, hommes et femmes se mélangent. Si vous y regardez de plus près, ils se mélangent trop, mais cela fera l’objet des commérages du petit-déjeuner post-mariage.
Vous remarquez que toutes les femmes d’un certain âge portent la même écharpe que votre mère autour des épaules. Vous vous retournez pour en rire avec elle, mais son visage s’est déjà figé du sourire automatique.
Les filles de votre âge sont toutes coiffées comme vous, le brushing ondulé. Sauf que sur vous, ça se voit pas. Mais c’est le geste qui compte.
La mariée est radieuse, elle sourit, elle danse, elle pétille, et ça vous émeut. Vous êtes bien la seule. Les commérages ont déjà commencé « Bouh elle danse trop, ça se fait pas pour une mariée » ; «  Tu as vu, elle n’arrête pas de rire et de parler, c’est pas bien » ; « Une mariée doit être plus réservée, elle est folle hadi » ; « Tu as vu comme le mari il est moche ».
A la fin, tout le monde repart avec sa petite boîte de gâteaux, et en les mangeant, les mêmes bonnes femmes feront tourner leur mauvaise langue sur le manque de raffinement du makroud.
Les langues de vipères, mascottes de tous vos mariages, iront après se coucher, le ventre lourd. Le lendemain, il y a encore un autre mariage à aller commenter.
C’est l’été, les gens se marient, et nous, bah, on sait ce qui nous attend !
Mamzelle Namous

La journée de la jupe

La vie est belle, il fait beau, on met des jupes qui volent au vent, les garçons matent les cuissots. Tout le monde est content.
Et y a des jours où y a tellement de vent, les jours où t’as décidé qu’un peu de marche te ferait du bien, où t’as pas réfléchi à l’incompatibilité équationnelle jupe courte + vent = strip tease offert aux riverains de said Hamdine.

Parce qu’ils le méritent bien avec tous ces travaux sur l’autoroute. Ils méritaient bien que tu leur livres à 9 h du matin l’un des secrets les mieux gardés de la terre : les filles, mêmes grandes, ça met des culottes pour enfants de moins de six ans.

Y a un garçon qu’est venu te dire que t’étais ravissante (un adjectif très prisé du dragueur de rue hein ![1]), et quand tu lui fais ta grimace qu’on dirait que t’as 5 ans, il t’a reproché de pas lui dire merci.

Ils en méritent quand même pas autant les gens de Said Hamdine, y a des limites à la générosité  intercommunale.

Puis tu arrives à ton travail, et là l’humanité se divise en deux catégories :

-Les gens bronzés

-Les gens blancs.

Les blancs sont les massakins, qui pour une raison ou une autre (pas le temps, pas l’argent, pas la carte, pas la voiture, pas la sociabilité)  ne vont pas à la plage.
Et comme leur blancheur leur donne un goût amer, lorsqu’ils voient une jeune fille dorée par le soleil, ils n’hésitent pas à sortir de leur bouche aigre-pas-douce, des énormités du genre« Bouh hada ça se voit c’est pas un bronzage de plage. Bayna t’étais à la piscine ou dans le jardin ta3 darkoum ».

Et la fille ne comprend rien à sa vie parmi ces gens.
(C’est pas à moi qu’on a dit ça. Je fais partie des blancs. J’ai essayé de bronzer dans le jardin, mais entre les arbres, ma mère qui insistait pour que je mettre de la protection solaire SPF 300 comme si j’avais 4 ans, l’ouvrier de la maison en construction d’en face [2] qui matait, j’ai pas trop pu).

La matinée au bureau consiste à observer la vie passer. Et une vie, ça passe doucement jusqu’à midi.

La pause de midi est l’occasion d’aller dans l’une des rues les plus chics de Hydra, manger un mini-cheeseburger à 160 dinars et prétendre que ça te suffit. Mais tu prends aussi des frites. Et à la caisse tu les déclares pas, parce que t’es une bad girl de la frite.
Tu sors, la peur au ventre que le caissier te chope et t’humilie, tu marches un peu et t’entends un homme derrière t’appeler « mademoiselle mademoiselle », des images du cachot d’El Harrach  défilent dans ta tête. Tu maudis ta radinerie.

Le mec te rattrape :
– Bonjour Mademoiselle, je ne veux pas vous déranger. Je suis un habitant du quartier, et vraiment je suis très très intéressée par vous………. Pourquoi vous rigolez ? Enfin vous rigolez c’est bon signe…… Non arrêtez de rire, je vais me vexer…… Je vous plais pas ?

Plusieurs leçons  à tirer :
Quand on habite à Hydra, on le dit, même quand c’est pas la peine.
Un homme qui dit très très sérieusement qu’il est très très intéressé par votre personne, alors qu’il vous a aperçu à la sortie d’un fast food, qui s’étonne que vous explosiez de rire comme une gosse de 6 ans ,  ça vous donne la frite.

Il méritait bien un « merci » ce mec là, mais je suis une radine, il l’aura pas.


Mamzelle Namous




[1] Après le célébrissime «  Vous êtes chormonte ». Quelques qualificatifs plus tard, et si silence de ta part, on arrive à des mots interdits aux mineurs de moins de 21 ans.

[2] Maison en construction, phénomène très répandu près de chez vous.

La la la la la la la la

Non, je ne suis pas en vacances sur une île paradisiaque sans électricité.
Je chauffe dans un monde où la clim a marché toute l’année, et a décidé de s’arrêter le jour où il fait 42 degrés.
Celle de la voiture, et  le mécano est en congé.
Celle du bureau, le service maintenance n’existe pas.
Celle de chez moi, elle crache des lézards ( ce sont des choses qui arrivent).
Si jeune vie algéroise était en mode pause ces dix derniers jours, c’est parce que chaque brouillon écrit finissait  irrémédiablement par parler de transpiration. Et bon on est pas dans une pub Rexona.
Alors par respect pour le lecteur, je me suis abstenue.
Y a des jours où j’avais aussi commencé à écrire sur les looks estivaux de mes collègues masculins.
J’ai envie de leur dire que c’est pas parce que c’est l’été qu’on doit en voir autant de leur morphologie. Les champignons des ongles d’orteils, les ongles d’orteils tout court, les poils sous les bras, les tétons parfois, les effets de la chaleur sous un corps qui n’a pas eu de rendez vous avec le savon depuis trois jours, ce ne sont pas des choses qui se partagent.
Autant de choses que vous m’en voudriez de partager avec vous.
J’ai eu envie de parler de la plage, mais j’y suis pas allée. J’ai voulu, j’ai essayé, mon gps m’a conduit au Club des Pins.
Sans carte d’accès,  face au gendarme, j’étais telle une kurde refoulée à la frontière. Je me suis défendue en expliquant que j’allais rendre une visite à mes amis ministres (ça arrive d’en avoir, même quand on a une clim qui crache des lézards). Et le gendarme m’a dit  » Fais l’appel à un ami alors ».
D’accord Jean-Pierre!
Une fois à l’intérieur, vous vous posez toujours la même question: comment peut il y avoir autant de ploucs avec de telles restrictions à l’entrée du territoire?
Un peu la question qu’on se pose quand on va en France.
Alors Club des Pins c’est pas une plage, juste des égouts et un peu d’eau,  des jet-ski qui ont besoin d’avoir pied pour prendre leur pied , des ballons de volley dans la gueule, des filles en bikini Burberry qui longent la côte dans l’espoir de trouver un type assez con pour ne pas reconnaître le faux et assez riche pour leur offrir du vrai Burberry.  Et y a aussi des gars qui portent des t-shirts dont la marque est Calvin Klein devant et Gucci derrière.
Le monde de la mode ne le sait pas, mais ces deux marques font des créations communes.
Quand on pense aux magnifiques plages que compte l’Algérie, on se dit que Club des Pins  est vraiment un monde à part. Donc ça compte pas comme aller à la plage.
Mes brouillons étaient aussi envahis des discussions typiques du quotidien :
 » Alors kech congé? « ,
« Non, t’as vu smata avec ramdane, ça gâche les vacances » ,
 » Skhana bezaf  ( fait trop chaud), ça me donne de l’anémie »,
 « Ah oui? »,
 » Oui c’est à cause de la fatigue ».
« Ah…oui…. »,
  » Tu as commencé à préparer ramdane? »
« Me préparer à quoi? A puer de la gueule? Oui j’ai mon stock de colgate bain de bouche ».
  » Ha ha ha, non acheter la vaisselle, faire la grand ménage ».
 » Ben j’ai balayé la cuisine hier, ça compte? »
Voilà ce que je vous ai épargné, ce mois de Juillet qui ressemble à un brouillon mal accordé. Mais, je sais pas pourquoi, j’ai toujours des notes de Claude François en fond sonore dans ma tête  » IL fait beau, il fait bon, la vie coule comme une chanson,aussitôt qu’une fille est aimée d’un garçon. Il fait rouge, il fait bleu, il fait du soleil au fond des yeux, quand on vit dans la vie comme des amoureux….. la la  la la la la la la « .

Mamzelle Namous 

Ivresse

Cette image qui représente le blog, celle de la femme qui se maquille, c’est une œuvre de Farid Benyaa. D’ailleurs si vous cliquez dessus, vous tombez sur le site de sa galerie. C’est pas de la pub, mais une façon de dire «  hé ho c’est à moi », autrement appelé le copyright.
Je l’ai trouvé en flânant sur internet, et j’ai demandé l’autorisation. Parce que je suis quelqu’un de correct, et aussi j’avais peur d’aller en prison.
Depuis, avec Farid on est potes, enfin on s’est envoyé deux mails. Un jour, j’ai reçu une invit pour assister à un récital de poésie dans sa galerie. Et j’ai voulu y aller, juste pour pouvoir dire « Le samedi, moi je vais écouter de la poésie dans une galerie d’art, et toi tu fais quoi ? ».
Donc j’embarque ma sœur, et on y va. On met une heure pour trouver l’endroit, et une fois sur place, je n’ai qu’une seule envie, celle de manger.
Pendant que je me gare, je dis à ma sœur d’entrer dans la galerie pour voir s’ils ont de la bouffe. Elle en ressort en décrétant qu’on va se faire chier, et qu’on ferait mieux d’aller  faire des rimes chez mc kiki.
Je me laisse facilement convaincre, parce que bon c’est vrai, les poèmes c’est bien mais  à  2h du mat les nuits de chagrin d’amour ; et le samedi aprèm c’est fait pour aller manger des panini poulet mariné-supplément fromage-avec barquette de frites s’il vous plait.
Nous voilà donc en train de manger, les mains huileuses, et les seules rimes qui se déploient sont ketchup-hrissa-mayo ; coca-zéro. Notez toute la profonde mixité et l’ambivalence de ces vers. Ils traduisent bien le paradoxe humain et quelque chose d’infiniment rattaché à la culture algérienne.
A la sortie, on croise ce qu’on a cru être un clodo, criant à tue-tête, sur l’herbe. C’est pas très clair ce qu’il raconte, mais y a quelque chose qui intrigue. Alors on y prête une oreille, et on distingue quelques mots.
Le type scandait un poème de Charles Baudelaire »  Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise, Mais enivrez-vous, Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé , dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; Enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »
On a tous des textes qu’on lit les soirs de cœur lourd où l’on n’arrive pas à dormir, et par une certaine magie, y en a qui vous veillent et sauvent. On ne sait pas trop de quoi, mais être sauvé par un livre, par une chanson, par un film, ça a quelque chose de profondément sensé.
Celui qu’hurlait cet homme étaient un de ceux que j’ai du prendre dans le cœur.
Cet après-midi là, la poésie était venue à nous dans toute sa brutalité.
Ceci dit, s’enivrer de poésie peut-être dangereux pour votre santé et celle de votre entourage. Parce que vous risquez de mourir de solitude ou d’assommer vos amis.
En ces temps lourds, la douceur à l’état brut est peut-être la source d’ivresse qui rime encore à quelque chose.
Mamzelle Namous

After Dark

Alors c’est la Gay Pride samedi 25 juin à Paris, ça vous dit qu’on fasse la même chose ici?
Lieu? Ca commence place du 1er mai et ça finit au Paradis. Vous savez ce joli quartier aux jardins fleuris, au voisinage très sympathique. 
La tenue? Libre, toutes les fringues que vous n’osez pas mettre habituellement, parce que trop courtes, parce que « qu’est ce qu’ils vont dire les gens », parce que certains matins vous êtes fatigués à l’idée d’être dévisagés toute la journée.
Les participants? Ceux qui ne croient pas qu’être homo est une maladie ou une mode ( oui oui y en a encore), ceux qui répliquent pas beurk quand on dit lesbienne ( oui ça existe aussi). 
Pourquoi? La liberté n’est pas qu’ailleurs. Elle est en chacun de nous. (Je sais, ça fait un peu cliché publicitaire pour une marque de protège-slips, mais bon à force de s’immuniser du slip, on chope un balai). 

J’y serai? Non, je danse au bal des faux-culs ce jour là.
La date? Un jour, peut-être…

En attendant? La Shame Pride fait rage.

Mamzelle Namous

le cœur au ventre

Dans la vie il faut parfois être sérieux et parler de choses sérieuses avec des mots sérieux. Comme le fait religieux et  la morale dans la civilisation arabo-musulmanne.

En ce moment, me préoccupe le mariage, parce que c’est l’épidémie de la saison, et parce que ça semble déterminer notre existence. Depuis  l’enfance.

 

Un jour que j’avais 13 ans, mes premières règles (ouais désolée pour les détails sanglants), et des douleurs atroces, et que je me plaignais dans tous les sens, ma tante me sort  » Tu verras, tu auras moins mal quand tu te marieras ». 

Hein?  En quoi le fait d’enfiler une robe blanche Jean-Paul Gaultier (je pensais que j’allais devenir très riche), de me faire passer la bague au doigt et de signer un papier allait-il avoir un impact sur ce qui se passe là dans mon ventre? C’est l’effet corset?

Regard salace de ma tante « Non mais un jour tu comprendras.  »

 

Un jour je comprendrai que le rapport intime de l’intimité atténue les douleurs. Chez certaines femmes. Enfin je dis ça, mais moi j’en sais rien, j’ai juste lu ça dans un magazine féminin.

 

Un autre jour que j’avais un peu mûri (j’avais quand même 15 ans et demi) , qu’avec des amies on parlait de la nuit de noces, et que l’une d’entre elles disait que c’était le sujet préféré des filles, que c’était un truc qui les faisait rêver,  j’ai senti qu’un truc clochait. Chez elles ou chez moi.

Pourquoi attendre de signer un contrat pour passer à l’acte? Etait-ce pour ça que le tout le monde voulait se marier le plus tôt possible? Et si une fois passé la corde au cou, le mec est un mauvais coup? Et si une fois mariés, le mec est un vrai connard qui saute sur tout ce qui bouge? Si vous divorcez au bout de six mois?

 

Quel est le sens de la légitimité du sex?

 

J’étais d’accord pour attendre. Parce que de toute façon avec la tête que j’avais, j’étais condamnée à la vertu. Mais pour attendre le grand amour, pas le mari.

Attendre l’homme que tu aimes avec le cœur au ventre. Avec qui toute ta vie prend son sens.

NB : si vous connaissez un type qui ressemble à cette description, filez lui mon mail).

 

Le mariage lui n’est que la contractualisation du sens des choses.

 

Et moi, ce qui se passe là dans mon ventre, ça ne regarde ni le droit, ni la religion, ni le maire. Sauf si, attendez, il ressemble à quoi le maire d’Alger?

 

Alors voilà j’ai grandi, et je grandis, avec cette idée.

 

Encore un autre jour où j’avais un peu vieilli (c’était hier), je suis allée chez l’esthéticienne. Il fait beau, les jambes sont de sortie, faut bien arracher le poilou. Offerte à ses mains, je lui demande de passer au poilou du minou (ouais ouais désolée pour les détails poilants).

Elle me demande  » Tu  es mariée? »

-Euh non…

-« Qu’est ce que tu t’en fous alors? »

Je replonge dans mes 13 ans, je ne comprends pas, je voudrais être méchante mais elle a de la cire et je suis nue, alors je ne dis rien.

 

Elle ajoute  » Non non mais c’est bien de le faire dès maintenant, comme ça quand tu te marieras, ça sera plus facile. »

-Ouais ouais justement c’est pour ça que je suis venue, parce que ce matin je pensais au jour de mes noces, et  j’ai décidé d’investir à l’avance dans le business du poil.


Allongée face à elle, je pense à la vertu, à la pudeur, à la pureté. Des valeurs dépassées par des symbolismes symboliques. Des valeurs rabaissées et salies. Mais certainement pas par le fait amoureux.

 

 

Mamzelle Namous


Les Prêcheurs

Vendredi, jour du seigneur.

Ce jour où tout est fermé plusieures heures pour cause de prière. La dernière fois que t’as prié t’avais 15 ans et c’était la veille de tes compos, mais tu te souviens pas que ça durait aussi longtemps. C’est à cause des prêches qui vont avec. Dans ton quartier y a un commercant qui fait le rebelle et qui ferme que 10 minutes, le temps de la prière. Tout le reste c’est de la politique, il dit à ses clients. Tout le monde le trouve bien léger mais aussi bien serviable.
En attendant le déjeuner, tu t’installes devant la télé. Y a des gens intelligents qui parlent de Strauss-Khan, et t’essayes de retenir par coeur les phrases d’une belle blonde philosophe, pour les ressortir plus tard. Elle dit que cette histoire nous a emprisonné, et un tas d’autres choses profondes.

J’ai bien essayé de les replacer après avec mes parents, mais les mots sortaient pas de la même façon. Sur elle c’était du genre  » La portée médiatique de cette affaire nous a contraint à nous plonger dans une indécence, d’une portée quasiment métaphyisque, nous a étalé la vulagrité de la vie publique et alors que lui dort dans une prison dorée, nos sens sont vautrés et nos pensées enchaînées« .

Sur moi, ça donnait « L’affaire strauss-khan bezaf ! ».*

Les deux se valent mais crédibité intellectuelle zéro. J’ai tenté de me racheter avec l’histoire de la bactérie tueuse dans les légumes, en disant  » J’avais raison de jamais manger de légumes, hi hi hi! « .  Mes goûts d’enfants confortés, leur regard apitoyé.
Pendant que je parle comme si j’étais une blonde (et non plus LA blonde), ma mère veut que j’écoute l’Imam à la télé. Il dit parfois des choses sensées d’après elle. Mais je m’endors en me disant que jamais je ne  laisserais mes chaussures à l’entrée d’une mosquée. Ca me rappelle la seule fois où je suis entrée en pareil lieu et que le type nous avait lavé le visage avec de l’eau bénite et que j’avais pensé ensuite que c’était le meilleur démaquillant au monde. Depuis je collectionne les flacons d’eau de bir zem zem** et ma peau est éclatante de santé. Peut-être que ça se voit aussi de l’intérieur et que c’est comme une prière en somme.

 

Ma mère me redemande pourquoi je ne fais pas la prière. Je lui réponds qu’il me manque le temps où les gens commençaient à flipper et à prier à  45 ans, allaient à la Mecque à 70 ans, n’en revenaient parfois jamais. Soit ils  crevaient étouffés par les prières des autres, soit ils devenaient marchands d’or.
Aujourd’hui le gars de 25  ans rêve d’y aller, parle en plaçant des références à Dieu toutes les cinq minutes, fait un crédit sur 10 ans pour acheter un mouton, envisage d’arrêter de boire un jour et prétend vendre du rêve . Tout fout le camp.

Regard affolé de ma mère.

Vendredi, nuit du seigneur, beaucoup de restos sont fermés. Le choix est donc limité et tu files chez l’indien de Cheraga avec tes potes. La Mecque de l’arnaque. De la bouteille d’eau d’ifri qu’on t’impose, du bol de riz tellement hors de prix que tu te dis qu’il  est sûrement béni d’un dieu indou, des deux morceaux de poulet qui se battent en duel dans un bain marron-jauni qui ressemble vaguement à du curry. A la fin tu te demandes si la table à côté vient pas de se faire servir le reste de ta sauce.
 A la libération, le mauvais goût se paie cher.
Tes amis veulent aller en boite mais tout le monde a la turista. Chacun dans ses chiottes pense au lendemain qui l’attend. Le samedi où tu dois régler toutes les choses matérielles de ta vie. Moi je vais aller à ma banque juste pour faire semblant qu’il se passe quelques chose sur mon compte.

 Le samedi où tu maudis le mec, qui y a 2 ans a bougé le  week-end jeudi/vendredi. Tout ça pour être à l’heure internationale. Fallait peut-être y penser en 62 à l’international.  Tout fout le camp.

Après bénédictions et malédictions, tu vas à la mairie retirer un papier hyper important pour faire un autre papier qui te permettra de t’inscrire à la piscine municipale. La mairie n’est pas équipée d’ordi, elle marche aux registres ( gros grands cahiers, souvenez vous), grosses chaises en cuir dignes des réunions FLN (souvenez vous, c’était y a pas si longtemps), la machine administrative est si lente que je crois qu’on a remonté le temps. 62 est encore là, rien n’a pas foutu le camp.

Prions pour ce pays. Nos âmes peuvent attendre.

Mamzelle Namous

*C’est trop
**Eau sacrée, bénite,  de la Mecque

La Mort Heureuzzz

Avec l’été les moustiques. Ca pique, ça gratte, ça met de la pommade, ça fait chier sa race. On veut leur peau.

Après eux, ton petit frère qui les chasse à coups de coussin  et ton grand frère qui  les attrape à coups de main. Ca marche une fois sur deux. L’autre fois c’est toi qui t’es pris la baffe ou le coussin dans la face.

Avec eux ton père qui rentre tout content d’avoir acheté un appareil à électrocuter les moustiques. Ambiance chaise électrique au dîner. Ambiance shoah chez les Namous.

 

Avec l’été il  y a mieux. Y a la plage, y a les amours de vacances et l’espoir d’en choper un (de mec, pas de moustique). Je suis passée pro en la matière.

 

Imaginez une plage vide au matin qui se lève. C’est magnifique ce silence. Les éboueurs ne sont pas encore passés, ils ne passeront qu’une fois sur trois. Ce matin là quelques sachets s’envolent avec le vent, quelques melons sont emportés par les vagues.

Dans le décor il y a moi, levée de mon insomnie, un livre à la main. La Chute de Camus.

Et assez près un homme, qui lit un livre aussi. On peut imaginer que c’est un Dostoïevski, ou « Comment gagner au poker » de Bruel. C’est au choix.

 

Deux êtres seuls sur une plage ; le moment nous rend beaux. Mes neurones se mettent en place pour trouver une stratégie d’attrapage. Y a beaucoup de vent, je pourrais faire semblant de me noyer, mais s’il ne vient pas, est-ce que ça vaut le coup de risquer sa vie pour l’image de l’éventuel homme de sa vie ? Un neurone s’électrochoque contre un autre en essayant de répondre à cette question.

 

Qu’aurait fait Gabrielle Solis (alias Eva Longoria) dans cette situation ? Sortir de l’eau, le buste en avant, le cul dandinant, les cheveux au vent.

Ca a l’air facile, je tente la marche séduction massive. Mon maillot colle en haut et baille en bas. Je n’arrive pas à savoir si mes sourcils sont bien en place, mon nez n’a pas l’air net, mes pieds font des pas de géants, et le vent plaque mes cheveux à gauche. Et mes mains, ça se met où des mains d’habitude ?

 

J’arrive à ma serviette, et prends un miroir pour vérifier l’état de l’intérieur de mon nez. Le geste le plus classieux de l’histoire. C’est à ce moment là qu’il me regarde, je le sens, je le sais.

 

M’en fous, j’abandonne pas. Je mange un biscuit major, je me mets de la crème solaire qui sent bon  et je fonce le voir mon bouquin en main. « Bonjour, désolée de t’importuner. Voilà je viens de finir mon livre, et je trouve ça sympa de le donner à la première personne croisée. Tiens ».

Ca s’appelle de la drague à l’intello. Ca s’appelle être une naze aussi. C’est au choix.

Il me sourit, mon cœur fond, mon nez coule, et grâce au vent je me prends un sachet dans la face.

Il rigole comme rigolerait un prince (pas celui de Machiavel, un de Monaco). Ma dignité s’électrocute au contact de mon sang.

Il prend le livre et s’en va.

 

Non je n’avais pas noté mon numéro dedans…

Non je n’avais pas fini de le lire….C’est quoi la chute alors ?

 

Trente minutes plus tard, ma cousine arrive à la plage. Elle m’essuie la trace de chocolat sur ma lèvre et les résidus de crème solaire. Je ressemblais donc à un albinos qui aurait rencontré un pot de Nutella. J’ai l’égo d’un moustique bafoué en plein vol.

 

J’ai raconté mon coup de la foudre à ma cousine, on l’a surnommé « le lecteur ».

Plus tard cet été, on l’a revu. A la lumière de la foule ordinaire, on l’a rebaptisé « Hannibal Lecteur ».

 

L’intensité du soleil ce jour là,  la plage, cet étranger, la folie, ma sottise et Camus ont eu ma peau.

 

 

Mamzelle Namous

Oh Baby It’s A Wild World

C’est toujours la même rengaine, se lever et affronter le monde extérieur. Et mes mots sont pesés. Alors qu’on aimerait rester dans son confort d’émotions, éviter les remarques, les regards que l’on fait porter, nos contradictions.
Eviter notre être dans la société.
Pourtant il faut bien le faire, on a été éduqué pour ça.
Mais trop c’est trop. La semaine dernière j’ai suggéré à mon patron que je pouvais tout aussi bien faire 90% de mon travail à la maison, qu’internet et le téléphone servaient à ça, éloigner les gens. Et le méchant il a pas voulu. J’ai failli lui faire une démo à l’américaine, avec diapo et tableau démontrant de la hausse de ma productivité si je restais chez moi, mais bon moi je suis algérienne, je me suis tue et je suis allée geindre ailleurs.
Alors je reste dans mon bureau, à manger des bigkat (le kitkat algérien), et à lire des blogs. J’ai récemment découvert celui-ci , et je m’emplis de beauté et d’humour.
Et quand je sors du bureau, c’est le choc. C’est un monde sans dérision, des féminités préfabriquées, des bruits de talons à rendre sourd un castor, et des hommes aux âmes moches.
Et moi dans tout ça j’ai peur de devenir comme ça. Un cœur amer dans un corps de fast-style.
Peut-on à ce point être emmerdé par tous ou est-ce juste des vagues à l’âme post-ado ?
Je demandais une fois à un ami si ça lui arrivait à lui aussi d’en avoir marre de tout le monde, de regretter les jours où on était sympas et sociables avec les autres, et de ne plus avoir envie de faire semblant ?
Il m’a répondu « Il y a des jours où ça ne m’arrive pas ». Et j’ai ri tellement fort que c’était l’évènement du jour dans la boite.  Pourquoi a-t-elle ri ? A cause de ce qu’on a lui dit sur mon kiki?
Alors c’est bon signe qu’il y ait une communauté de tous les sauvages de la Terre. Sauf qu’il y a des jours, j’avoue, où j’entre bien dans le monde. Où je complimente machine sur son écharpe machinalement, où je rigole, où je commère, partage, où j’ai même parfois un sentiment de bonheur et d’appartenance.
Mais la nature revient et me rappelle à ma sauvagerie et tout le monde m’énerve de nouveau. Avec ma mère notre récent jeu est de trouver une personne qui ne me soule pas. A ce jour, on en a compté deux (allez trois). Sur 300 amis facebook (ok, moins !), ça fait cher le compte.
La pire trahison à son état sauvage c’est lorsque des phrases s’échappent de votre bouche et que sur le coup vous y croyez. Ensuite vous avez envie de pleurer votre race d’avoir dit ça et d’être devenu ça.
L’autre jour, ma copine Azyadée (on choisit pas son prénom) m’a invité chez elle pour qu’on parle de son futur mariage et de ses problèmes de couple. Et je me suis entendue dire « Il vaut mieux toujours épouser quelqu’un de son milieu-socio culturel », « Vous avez pensé à l’éducation des enfants ? », « Et votre plan logement ?», « Si ta mère ne l’aime pas, tu devrais pas l’épouser », « Il faut pas se marier pour de mauvaises raisons ».
Ensuite son chien m’a pissé dessus et c’était comme un coup de pied au cul. Un coup de pied à la bien-pensance qui s’immisçait en moi.
Mon authentique ignorance a repris le dessus quand Azyadée nous a montré à Shérazade (mes copines ont des prénoms bizarres oui) et moi ses affaires de mariage. J’ai donc appris qu’il y avait une valise de trousseau qui devait rester jolie et propre. Je sais que la mienne (si valise il y a un jour) sera tachée et cabossée, car ainsi va la vie d’une valise. Que les futurs mariés achètent des draps et peignoirs en soie et satin. Et je me demande pourquoi les jeunes mariés ne dormiraient pas dans du coton.
Ma sauvagerie a aussi repris quand j’ai tué le chien précédemment cité.
Un autre jour j’ai rencontré un garçon qui m’a parlé de sa vie de famille. Le soir venu il couche ses enfants, et au lit avec sa femme, ils boivent du scotch. Et juste cette scène suffit à leur bonheur.
Ne penser qu’à ce genre d’images ça réconcilie avec sa vision du monde. Enfin un peu.
Mamzelle Namous