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Working Girl?

Pratiquement chaque matin, j’arrive au travail, de mauvaise humeur, et j’ai l’espoir que ça va passer.
Allez savoir pourquoi.
Je sais pas non plus pourquoi je suis ronchon comme ça tous les jours. Tout mon entourage l’est d’ailleurs. Un jour on s’est posés la question avec mes amis. Y en a qui ont dit que c’est à cause de la crise des subprimes aux Etats-Unis qu’on déprimait grave nous les jeunes.

D’autres ont dit que c’est à cause du manque de perspectives dans ce bled pourri de merde où on étouffe putain.

Mais moi je crois pas à tout ça. C’est plutôt parce que certains jours, je n’arrive pas à me maquiller les deux yeux de la même manière, et je tape une crise.
Mais je sais qu’il y aura toujours une des filles du bureau pour me dire que je suis belle, et que ça se voit pas du touuuuuuuut. Parce qu’on fait ça entre filles, on se complimente tout le temps, même quand makayen walou.
Alors ce matin, j’arrive, énervée contre la société. L’un des ascenseurs ne fonctionne pas, je refuse de monter dix étages, et puis quoi encore.
J’attends donc avec la foule que l’ascenseur qui marche arrive. On se dispute pour entrer, on est serrés à l’intérieur, j’arrive pas à appuyer sur mon étage. Deux types me touchent les seins pour atteindre le bouton.
Je suis sure qu’ils l’ont fait exprès, j’ose pas lever la tête pour voir à quoi ils ressemblent.
Pendant trois étages, deux nanas parlent d’allaitement.
Même l’ascenseur a envie de se bloquer.
J’arrive enfin à m’extraire de la chose, brise respirez !
On me signale que j’ai du travail, wouhou, ça faisait genre un mois que je n’existais plus dans l’entreprise. Ca me donne envie d’envoyer un mail à tous mes potes qui bossent dans le privé et qui se moquent de mon boulot parce qu’ils disent que dans le public on fout jamais rien.
Ben voilà même pas vrai.
Aujourd’hui j’ai du boulot, une responsabilité et pour ce faire, je vais péter plus haut que mon cul.
Je sors mes jolies lunettes de vue de mon sac, je me regarde dans le miroir. Elles accentuent mon maquillage raté, je les range.
Je m’apprête à imprimer tous les documents supra-importants que je dois étudier, examiner, analyser, commenter, et là il ne se passe rien.
Je me rends compte que je ne suis connectée à aucune imprimante.
Ca  fait genre un an et demi que j’occupe ce bureau.
Je tape un scandale, personne ne m’écoute.
Je demande à quelqu’un  qu’a une imprimante (wouwww faut être super important pour en avoir une dans son bureau) d’imprimer ces trucs pour moi. Ce quelqu’un me dit qu’il faut que j’amène mes propres feuilles.
Je vais voir une secrétaire qui me dit qu’il faut que j’aille m’adresser à l’administration pour ce genre de requêtes  extraordinaires plénipotentiaires.
A l’administration, ils sont fermés.
Il est difficile de péter plus haut que son cul quand , à votre âge,  vous en êtes réduite à ça.
Je vais pleurer aux toilettes, mon maquillage coule, y a  même plus de papier pour essuyer mes larmes.
Y en a jamais eu.
Je lis les documents hypra-méga importants sur l’ordi, ma vue baisse de minute en minute, je peux le sentir.
Je prends des notes avec un crayon et un bloc-notes,  et je joue avec mon crayon, je mange mon crayon. Ca fait classe.
Je mets la web-cam pour que mes potes du privé puissent me voir travailler.  Je m’attache, l’air de rien, les cheveux avec mon crayon.  Et je détache, et je joue, et je relâche.
Je maîtrise à fond le look de la working girl.
Bon, en fait,  le document, c’est une directive du premier ministre.  Je comprends rien.  Mais paraît que c’est normal.
Je ne prends pas de pause-déjeuner , histoire de pouvoir dire plus tard  » Oh la la aujourd’hui j’avais tellement de travail que j’ai même pas eu le temps de manger! », comme ils disent les gens dans le privé.
Vers 14h, je frôle le malaise, l’hypoglycémie, l’anémie, le coma éthylique. Une fille dont le poste est « cadre-assistante d’administration » me ramène des dattes.
Je suis sûre que dans une boite privée, ils se ramènent des cupcakes.
Je finis mon boulot à temps, je ne comprends rien à ce que j’ai fait, je l’envoie à mon patron.
Je regarde mille fois dans la boite d’envoi pour vérifier que je l’ai bien envoyé.
Avant de quitter le travail, et parce que je suis restée une heure de plus et qu’il faut bien qu’il le sache, je vais le voir pour lui demander s’il a bien reçu mon mail.
La secrétaire me dit qu’il n’est pas disposé à me recevoir pour l’instant, que si je veux, elle peut m’inscrire sur le registre des rendez-vous.
Elle me demande mon nom.
Un an et demi de boîte putain.
Il est 16h30  ( wouwww j’ai tardé aujourd’hui), je cavale les escaliers, je rentre chez moi affamée.
Je dis à ma grand-mère  » Oh la la aujourd’hui j’avais tellement de travail que j’ai même pas eu le temps de manger! Tu peux me faire des crêpes? « 
Le soir, je vais au restau avec mes potes qui ont des super boulots dans le privé. Ils parlent de leurs putains de responsabilités qui les rendent fous ( oh la la ),  de leurs primes annuelles, de la différence entre un véhicule de fonction et une voiture de service ( aaaaaa okayyyyyy), de la mercedes mise à leur disposition par la boîte, de l’augmentation qu’ils ont réussi à négocier de justessssssse avec le CEO ( le quoi?).
Moi je dis, que demain, à la cantine, c’est couscous party, et je m’enferme aux toilettes quand l’addition arrive. Non mais et puis quoi encore.
Mamzelle Namous

Pop is in the Air

A l’approche de Achoura, fête magnifique, jour férié, on a essayé, en vain, de négocier le pont.
On a pleuré, on a dit qu’on allait voir la famille, là haut dans le village, mais les gens de l’administration, des gens moches et gris,  ils ont rien voulu comprendre et nous laissent dans le brouillard grisonnant de nos vies.
 Mais fort heureusement, encore et toujours, des jolies vues, et des intermèdes hors de l’espace-temps.

 

C’était donc il y a quelques jours. Je sortais tard de la maison, comme à mon habitude.  Comme je suis passagère, j’ai toujours le nez dehors, même dans le froid et la pluie, à regarder le ciel et les gens.
Devant un commissariat,  une vision foudroyante. Un homme, un rien sublime, se tenait là, face à la route, dans l’ouverture grouillante des magasins de céramique et de faïence. Sa bouche cachée par le nuage de fumée de sa clope.
Un trench beige, une allure d’acteur des années 60. La classe ( la pure)  s’était invitée dans mon quartier.
Si j’avais pu stopper la voiture, arrêter le temps, descendre, courir. Dire bonjour monsieur, puis-je vous prendre en photo, pour montrer à Alger qu’elle garde des gens magnifiques en elle?
Si j’avais pu……………. Non non, soyons sages. Oublions la pop.
Vers midi,  j’appelle ma soeur pour lui dire  » T’as vu le mec devant le commissariat?? ».
Non, parce que dans mon esprit, une merveille ne peut être que sculpturale.
Non, Mina, non…….. T’as bu? Je sors à 7h et toi à 10h, comment veux tu qu’on croise les mêmes gens? 
Non, j’avais pas bu. Mais j’ai décidé d’y remédier, je kidnappe donc un ami à moi et on se traîne dans un resto en ville.
Ca faisait un moment qu’on avait pas marché dans les ruelles de Didouche, du coup on savait plus trop comment faire.
Le resto, tu sonnes, on t’ouvre, on te dévisage gentiment, on te fait entrer. Tu bois, tu manges, t’en reprends à boire. Tu ris.
Tu ris beaucoup.
Tu sors de là, la ville t’appartient. Mon pote, pour que je puisse rigoler encore beaucoup, draguait sauvagement les filles au passage. Et moi, j’essayais de marcher droite.
On rit beaucoup en ville.
Plus tard cette journée là, je rendais ma visite quotidienne au marchand de DVD.
No-life un jour, no-life toujours hein!
Sur place, j’ai réalisé que j’étais sans le sou. J’avais pas ma tête.
Je baragouine ça timidement au vendeur. Il me répond que pffff c’est pas grave du tout, que je suis folle de m’excuser, que je peux en prendre autant que je veux des dvd.

Il me propose même de me donner de l’argent, histoire que je reste pas bloquée.
 C’est quoi ce geste, qu’ailleurs on verrait même  pas en film. Le dépannage, made in algeria.
En sortant, j’avais envie de le dire à tout le monde.
 Ok c’est pas exceptionnel dans nos pays, mais ça reste génial.
La classe, pure et transparente, c’est aussi beaucoup ça.
J’avais envie de crier à Alger qu’elle regorgait  d’une générosité d’une allure folle.  Que même si c’est l’automne en Algérie, y aura toujours quelqu’un ou quelque chose pour mettre un peu de pop dans votre air!
Mamzelle Namous

Comment Draguer une Algérienne, suite et fin de soirée

Vous, de vos yeux mielleux, demandez à la jeune fille «  Et tu fais quoi dans la vie ? »

Je suis commerciale chez Mobilis.
«  Et ça te plait ? Ca va ? T’y fais quoi exactement ?»
Je détermine les grandes politiques communicationnelles et technologiques de l’Algérie. Voire de la région.
Bla bla bla, vlà vlà vlà, elle va entrer dans des détails chelou sur l’uniformisation des réseaux, va évoquer une zone MENA.
Vous serez tentés de demander ce que c’est, histoire de faire la conversation, mais allez vous abstenir, pour pas passer pour un con.
C’est bien.
Hochez la tête et paraissez impressionné. Cette fille vous sera très utile lorsque vous voudrez avoir des infos sur une abonnée Mobilis.
Ou choper une puce gratuite.
Ensuite, si vous ne trouvez rien de palpitant à raconter, demandez-lui ce qu’elle a fait comme études.
Quand elle vous répondra «  dert l’inc », de grâce, ne lui faites pas la liste de tous les gens que vous connaissez qu’on fait l’inc. C’est insupportable.
Banni le «  Aaaa  tu connais Mohamed ?  Celui qu’avait une clio grise. Hayel le mec hadak !  Je me rappelle plus de son nom de famille, mais il bosse chez  sonelgaz maintenant. Non tu vois pas de qui je parle ? » .
Elle vous posera certainement les mêmes questions, et là ne vous étendez pas. Rien de plus chiant qu’un type qui parle trop de son boulot.
Parce que franchement on s’en fout. Vos clients, votre patron, vos rapports de marketing, votre assiduité, le fait que vous soyez le meilleur dans le secteur (vous dites tous ça), vos horaires que vous ne comptez pas,  votre collègue Rachid qui n’en branle pas une depuis qu’il a été évincé du projet Process 10 OP (et c’est vous en réalité), les autres boites qui vous courent après tellement vous êtes bon,  ON S’EN FOUT.
Passons à autre chose.
Au fil des années, l’algérienne a traîné une réputation de matérialiste sans frontières.
C’est parfois très vrai.
C’est parfois, légèrement, surfait. Et du coup, certains hommes tombent dans le panneau et pensent pouvoir  impressionner la nana en lui parlant de leur acquisition du dernier écran plasma sony introuvable en Algérie.
C’est juste ridicule, n’étalez pas votre vraie ou prétendue richesse. Ca tue le sex-appeal.
Soyez soft, soyez grand, restez vague et mystérieux.
Puis, entre le dessert et le thé à la menthe, glissez le mot héritage dans une phrase.
Ses jolis yeux vont briller, la menthe va lui monter à la tête, jackpot elle pensera.
Dans votre poche elle sera.
Plus tard dans la soirée, vous aurez envie de l’embrasser. C’est obligé. Et elle aussi.
Le problème, en Algérie, c’est qu’au fil des décennies on a décidé que ça ne se faisait pas en plein dehors.
La plupart des endroits publics ne s’y prêtent pas.
Et la voiture, bon…………………
Un baiser en pleine rue, c’est tellement bien pourtant.
Mais nous ne sommes pas à New York, à l’angle de  la 74ème et la 110ème  (si comme moi vous ne connaissez pas New York, et  que vous ne comprenez rien aux rues et intersections dans les films).
Mais voilà, on n’a encore rien inventé de mieux qu’un ciel ouvert comme spectateur de votre premier baiser. Donc si vous n’avez pas la possibilité de lui faire visiter votre terrasse privée, embrassez-la en pleine rue.
Faut la surprendre la nana. Lui montrer qu’avec vous, la ville ne sera plus la même.
Lui donner des trucs à raconter à ses copines. La faire sortir de sa prudence.
Il se peut qu’elle se barre en courant, parce qu’elle a cru apercevoir le cousin de l’oncle de sa mère un peu plus loin.
Mais une fois chez elle, elle se dira «  waw génial ce mec ».
Le temps d’un baiser, oubliez les gens, la merde, la crasse, les flics, les minables, les voyeurs, la bienséance, la nuit noire.
Vous ne me croyez pas ? Essayez la prochaine fois.
You’ll thank us later…..




Mamzelle Namous

Comment Draguer une Algérienne

Ahh….Julian…
Cet article est né à cause du fait que j’ai trouvé sur le génial-topissime-classissime site dz night un article sur «comment séduire une fille en boite », et  ça a suscité beaucoup d’engouement, tellement c’était bon.
J’ai cherché dans l’article la pointe d’ironie, d’humour, de décalage. Chez dz night ils sont tellement forts que ce n’était pas visible à l’œil nu.
Je vous invite donc à le lire, et à revenir ici. Oui revenez, ne restez pas scotchés sur les photos !
La fin de l’article de Dz night suggère de  faire la conversation à la fille en lui demandant quelles sont ses passions.
On ne demande pas à une algérienne « c’est quoi tes passions dans la vie ? ». Parce que la plupart du temps, elle n’en a pas.
Sauf cas exceptionnel de la nana qui a un hobby  régulier depuis ses 15 ans, la plupart des filles sont comme vous, elles nagent dans le vide.
Et nous n’avons pas besoin qu’on nous le rappelle.
Si vous posez la question, peu de chances que l’algérienne vous réponde « Les beaux mecs dans les séries américaines ».
Pourtant notre passion à toutes c’est de  parler de Julian des frères Scott.
Ou de se demander «  si t’étais un personnage de mad men, tu serais qui ? » Et nous voilà parties pour des heures……
Ahh……………Julian……………….
Si vous posez la question « Alors toi qu’est ce qui te passionne ? », l’algérienne sera dans une position inconfortable. Elle va devoir détourner le regard et faire semblant de ne pas avoir entendu, «  Hein du jus fruit de la passion ? oui merci t3ich ! ».
Ou bien elle va inventer.
La coutume se divise en deux grandes tendances sur l’invention de la passion. Parce qu’entre filles qui baignent dans le vide, on se partage nos astuces.
Soit trouver une passion pointue que personne ne connaît, du style l’influence de la poésie chinoise dans la littérature mexicaine. 
Ainsi le mec ne pourra pas l’interroger dessus.
Ou bien la fille  va vous sortir un truc bateau, du genre «  j’aime beaucoup lire ».
Ouais ma cocotte.
Et là le coco, parce qu’il est chaud (ou juste  poli), il va lui demander « ah oui, c’est génial ça, et tu lis quoi? ».
La cocotte est cuite. Si elle dit Yasmina Khadra, elle est foutue. Il faut qu’elle sorte du lot, car l’homme en face est vraiment beau.
Donc elle va citer  des noms d’écrivains en vrac, et dans le stress, elle va en inventer quelques-uns.
Simone de Beauvoir, Lucas Scott, Romain Gary.
La fille qui n’a pas froid aux yeux va s’inventer des passions dites sexy, comme la danse orientale. Ne lui demandez pas une démonstration, car elle vous rappellera plus votre tante Hlima au mariage de votre cousin que Shakira.
Bon là on nage dans des eaux absurdes, car la plupart du temps, l’algérien ne demande pas à l’algérienne de lui parler de ses passions. Et il a raison, il faut rester simple.
Pour draguer, posez plutôt des questions fructueuses «  Qu’est ce que t’as mangé hier ? ».
« T’as pas travaillé dans un call center en 2008 ? ».
Non parce que toute l’Algérie a déjà travaillé dans un call center.
« T’as pas une cousine qui s’appelle Yasmine ? »
Pour draguer une algérienne, soyez aussi bien attentif à son accent et si vous voulez faire le malin, ne vous trompez pas. Si vous demandez «  T’es de Tlemcen ? », et qu’elle répond « Nooooooonn ana kbayliya », n’espérez pas qu’un jour elle vous bipe.
Enfin, l’article de Dz night fait référence à des jeans patinés et des habits flashants.
Comme vous ne savez pas ce que c’est, évitez….
Non parce que moi j’ai travaillé pendant cinq ans dans le milieu de la mode, et le jean patiné, c’est…………….
Non je sais pas.
Bon et quand je dis que j’ai travaillé dans ce milieu, ça veut juste que je lis Vogue depuis que j’ai 20 ans.
Ce qui nous amène à un aspect très intéressant de la drague : l’algérienne et son travail.
Elle a souvent un boulot de merde, comme vous et moi. Inintéressant, mal payé, son patron ne connaît pas son prénom. La frustration d’avoir raté sa vie la ronge.
Et pourtant, quand vous allez lui demander « Et sinon tu fais quoi dans la vie ? », vous allez croire que Margaret Thatcher était son assistante.
La suite de cette chronique dans quelques jours, je dois me rendre à mon  club d’escrime synchronisée.
Mamzelle Namous

Le Trublion de la Vie

IL faudrait que l’on parle de quelque chose de drôle, en urgence, pour éviter les sujets qui blessent.
Faudrait une actualité dont on pourrait se moquer. Comment je n’ai pas pris le métro.
 Comment le 1er novembre, j’ai crié à la fenêtre « vive  la France« . Juste pour réveiller  le patriotisme du voisinage, résultat garanti.

Faudrait que je parle de ma coiffeuse ( oui, encore….). Trois mois sans la voir, et lorsque j’y retourne, elle me prend dans ses bras et me crie  » Tes cheveux ils ont pousssssséééééé!!!!! Qu’est ce que tu leur as fait?? »
A cet instant, je voudrais prendre ma voix qui profère des choses belles, douces, tristes, et suaves, et lui dire  » C’est le temps qui passe, son usure, le rythme de la vie, la loi de la nature, la fin et le renouveau,  enfin je crois… ». 

Mais c’est un salon de coiffure, pas un café littéraire, alors je réponds  » Wallah walou« .
Elle insiste  » Yeziiiik, qu’est ce que tu leur as fait?« 
Je leur passe de l’eau de temps en temps.
Faudrait, ici, que je me concentre et que je parle des discussions de salon, des huiles essentielles, des bienfaits du beurre, du prix de la margarine. Des tablettes de chocolat à 400 dinars.
Pourtant, quand je viens ici, pour écrire, ils y a d’autres mots qui sortent. Et qui se censurent.
Mais reviennent.
C’est mon ami, au travail, qui subit un chagrin d’amour, et qui me dit, avec toute cette tendresse, « c’est vrai qu’on ressent vraiment un petit truc au coeur, c’est pas que du figuré ». 
C’est son visage , chaque matin, un peu trop triste, le sourire un peu forcé.
C’est l’amour qui quitte nos vies, et ce départ qui prend toutes nos discussions.
Par élégance, on ne s’épanche pas, on ne critique pas. On garde, comme un trésor, l’immensité de l’affection.
Par une loi du corps, on rit beaucoup. Et ça étonne.
Par instinct de survie, on fait des projets, on se jette ailleurs.
Puis, on passe devant la télé un soir. Une chanteuse stupide chante une chanson stupide. Les chansons d’amour sont partout. On ne s’en rendait pas compte, avant.
Maintenant, on pleure devant Isabelle Boulay.
Ca s’appelle toucher le fond.
Parce que c’est quand même grave la honte, on essuie vite ses larmes, et il y a toujours quelqu’un aux alentours pour dire une blague et vous faire exploser de rire.
C’est votre tristesse qui éclate. Vous imaginez les poussières d’ange qui se dissipent ainsi dans l’air, que vous voudriez choper et distribuer telle une bonne fée.
Non, vous ne prenez pas de la drogue. 

Vous évitez de trop parler vraiment, car les lèvres peuvent cracher des larmes.
Alors vous vous intéressez à autre chose. 

Il me semble, depuis quelques jours, que l’essentiel est de ne pas perdre le sentiment. Qu’il ne faut qu’il s’effrite, comme du gâchis.
Qu’il faudra toujours le garder en mémoire, quelque part, entre sa gorge, son coeur et son ventre.
Que si l’amour s’en va de la vie, il ne doit pas quitter le sang.
Maintenant, il faudrait que l’on parle d’autre chose, de plus gai.
Des milles façons de répondre à « la3kouba lik« , des moyens d’éviter de dire saha aidkoum pendant un mois, de la viande de mouton qu’on va manger pendant autant de temps, de  tout le monde qui parle d’aller au festival de l’Imzad de Tamanrasset cette semaine.
De toi, qui ne connaissait  pas cet instrument de musique (comme tout le monde), qui t’en fous (comme tout le monde), mais c’est branchouille les sahara trip.  Alors t’as demandé au boulot s’il te restait des jours de congé (on sait jamais).
Walou. Tu penses bien à prendre un congé maladie, mais cette année, t’as déjà eu trois grippes, une angine et cinq rhino-pharyngites.
Paraît que c’est beaucoup pour une seule personne ( dixit la nana de l’assurance maladie, parce que malgré ton état de grand corps malade, t’as quand même l’énergie d’insister pour tes remboursements).
Alors t’iras pas à Tamanrasset (Tam pour les intchimes) cette année.  Tu pourras toujours pas dire cette phrase (ridicule) que tous les gens disent  » Si t’as pas vu le grand désert, t’as rien vu ».
Khlass j’ai rien vu.
Pis de toute façon je m’en fous, pas besoin  d’aller à Tam pour ressentir l’émotion de la musique maintenant.
Je suis toutes les chansons d’amour.
Mamzelle Namous

The sheep shoop show

Message reçu hier, à 00h45 : « Salut Mina, c’est le mouton baaah. Merci tu étais la seule à pleurer pour moi aujourd’hui pendant que ces barbares me….Ne t’en fais pas, je n’ai pas souffert, ici c’est un monde meilleur, je suis libre baaah ». 

 

 

Quelques bonnes raisons de zapper l’aïd l’année prochaine : 

 

1. Votre maison va puer le mouton pendant toute une semaine, même votre café va sentir le foie.

True story !

 

2. C’est un sujet de commérage entre voisins. Les Boumachins ont acheté un petit mouton, les radins.

Les Benabdelatif ont payé leur horrible mouton trop cher, les pigeons. Ils n’ont même pas trouvé de debbah (l’homme chargé de la mission d’abattre), ils ont dû attendre jusqu’à 14 heures.

Le foie du mouton de la famille Meziane était beaucoup trop petit, c’est pas bon signe….. En plus ils n’ont même pas tout nettoyé après.

 

3. Vous avez déjà regardé un mouton dans les yeux? C’est comme un épisode de Lassie.

 

4. C’est souvent à vous de nettoyer après. Et comme vous ne le faites pas ( y avait l’émission de Nagui à la télé), les voisins parlent de vous.

 

5. Toute cette histoire de sacrifice, ça sent un peu le fake non?

Enfin je sais pas, j’ai jamais été branché science fiction.

 

6. Je retire le point n°5.  Starfallah ya rebiiiiii samehliiiiiiii.

 

7. Passé un certain âge, l’aïd perd un peu de son charme car :

-vos parents ne vous achètent plus d’habits neufs.

-vos tantes ne vous donnent même plus d’argent.  Et le fait que vous gagnez mieux votre vie qu’elles n’excuse rien.

-vous ne pouvez plus faire la razzia de bonbons et sucer votre sucette en pleine rue.

 

8. La fin de journée se termine toujours par  » T’aurais pas vu la citrate »?

 

9. Cette liste n’a rien à voir avec le fait que je kiffe la filmographie d’une Brigitte Bardot jeune et pimpante.

 

10. Votre maison se transforme en centre d’appels.

 

11. Nan sérieux ça sent pas un peu le fake, le mouton qui tombe du ciel en mode lastminute.com?

La dernière fois que j’ai vérifié, les moutons ne tombaient pas du ciel, ils en envoient juste des textos.

 

 

 

 

Mamzelle Namous

 

 

 

 

 

Ma vie ne ressemble pas à un film français

Un samedi, c’est un jour que t’as pas encore compris. C’est le week-end mais pas vraiment.

 Tu te réveilles avec le bruit des travaux des voisins, ils sont en train de construire un château sous ta fenêtre, et tu les regardes. Ta mère-grand est allée vérifier le permis de construire. R+2. La semaine dernière, ils ont entamé le troisième étage et paraît que c’est pas fini.
Ta mère-grand pense à aller se plaindre à la mairie, pour cause de vol illégal de soleil. Mais à la mairie, ils sont pas encore dotés du service « réclamations ». Enfin si, mais pour déposer un dossier, il te faut l’extrait de l’acte de naissance de ton futur petit fils, et tu le retrouves pas.
Alors , ta mère-grand, elle a dit  » On va prendre une photo et l’envoyer aux journaux ».
Elle vit dans sa bulle. Le voisin dans son monde. Toi dans le bruit, et bientôt dans l’obscurité.

 Le samedi, tu le continues dans un état proche de la déprime. Tu passes ta journée à répéter « daket rouhi ». Qui veut dire « c’est étroit à l’intérieur de moi ». Tu te plains à ton mec, il sait pas quoi te dire, tu raccroches.
 T’as bien envie de sortir, mais tu sais pas où. Une  copine te propose l’aroma café, t’aimes pas trop mais t’y vas. C’est fermé, t’es à pied, y a nulle part où aller dans le quartier. T’as pas envie de te taper la route que tu fais déjà toute la semaine.  Tu finis dans une pizzeria, à faire comprendre au serveur que tu veux pas de pizza, juste un chocolat chaud.
 Ta copine, c’est une journaliste qui écrit aussi des livres et qui fait des films. Elle recèle d’histoires intellectuelles. Vous avez déjà voyagé ensemble, et vous pourriez passer des heures (enfin une heure) à parler de littérature soviétique et de guerre des diamants en Afrique Noire.
 Mais vous parlez que de garçons, et vos aventures se ressemblent. Ca vous passionne.
A côté de vous, deux jeunes filles parlent de garçons aussi, de textos bizarres, de messages ambigus, vous vous moquez d’elles.
 Vous décidez de rentrer à la maison à pied, à discutailler entre filles, vous longez une espèce de parc, c’est joli, mais vous marchez étrangement. Vous avez peur qu’un type vous colle la main aux fesses. Parce que ça vous est déjà arrivé quatre fois en 15 ans, alors maintenant quand vous marchez, vous guettez les mains des autres et la position de vos fesses. Vous tirez sur le bas de  votre gilet, mais ça sert à rien.  C’est jamais les jeans tailles basse collé serré qui roucoulent du cul  qui se font choper.
 Quand tu retournes chez toi, le samedi après-midi te replonge dans l’ambiance  écolière, à la veille du début de semaine. Les devoirs à faire, les leçons d’histoire à apprendre, la flemme, l’ambiance morne de la maison, le rien à la télé, le rien à manger. Et les parents qui ressassent d’aller travailler.
 Alors que là t’as  rien à faire, à part attendre  le temps passer. Ton frère est en pleine négociation avec les parents pour le nombre d’invités à son mariage. Quand certains noms fusent, les voix montent très vite.
En Algérie ce sont les parents qui se marient, les intéressés sont des invités comme les autres.
 Je trouve une photo de travail de mon père, à la sortie d’une conférence, avec tous ses collègues, et je la montre à mon frère en lui disant  » voilà à quoi va ressembler ton album de mariage mon chou ».
Ca le fait pas rire.
Comme tout le monde, il a toujours répété que son mariage serait intime et lui ressemblerait.
Comme tout le monde, il cèdera et distribuera des sourires figés à une centaine d’inconnus et fera des gesticulations devant un photographe bizarroïde.
 Le samedi soir, moi je vais me coucher avec un film français, le genre de Claude Chabrol , pour rester dans l’ambiance, et donner de la consistance à mon ennui.
 Alors quand la semaine commence, je m’ennuie toujours,  mais j’en fais tout un cinéma français.  Je prends la gestuelle d’Isabelle Huppert,  je me teins les cheveux au henné, je marche au ralentis, je file gentiment  mes collants en coton,  je mets trop de mascara et je joue le vide, en en faisant un paquet.
Je vais manger seule, je m’arrête dans l’une des plus belles bijouteries pour mater les diamants. Le vendeur me présente le modèle « Kate ». Très à la mode en Algérie.  Je demande  » Moss? » , d’un ton timbre. « Non, la princesse« .
« Ah trop cliché pour moi…. »
Je hausse le sourcil quand il me présente le prix, alors que ma tête hurle  » whaaaaaaaaaaaat », je sors de là.
Je voudrais marcher en regardant les  merveilleux nuages, mais je me souviens que j’ai peur de la main aux fesses.
Alors je marche vite, je traverse de l’autre coté quand il n’y a plus de trottoir, je refais ça plusieurs fois. C’est éprouvant.
Un type en voiture me crie  » wesh orangina!!« . Je comprends pas. Je rentre à la maison, ma mère me dit que mes cheveux ont étrangement viré orange. Qu’il faut arrêter de faire le  henné comme ça, toute seule n’importe comment.
 Je décide d’arrêter les films français. Jusqu’au samedi soir.  Et je me tape la belle gueule de Louis Garrel. Ensuite je cherche à Alger un homme comme lui, je trouve pas, je vire rouge, je bois de l’orangina,  et les autres choses manquent……..
Mamzelle Namous

Peut-on parler des jolis garçons?

« Les jolis garçons », c’est un titre de livre que je n’ai pas lu, que j’ignore de quoi il parle. Mais l’expression, elle me suit. C’est à cause du mot joli, probablement un de mes mots préférés, et un trop petit mot pour toute la joliesse qu’il exprime.

 

C’est aussi à cause des hommes. Certains, quand ils vous regardent, ils vous envoient du joli à pleine vue, et ça vous en met plein la vie. Du coup, les filles détournent, baissent le regard, s’embrouillent de timide, et ne savent plus quoi dire.

 

Les jolis garçons, ce sont ces hommes qui ont de l’espiègle dans les yeux. Qui du coup, même s’ils sont grands, vous rabattent dans l’enfance, avec les petits gars qui vous faisaient chavirer dans la cour de récréé.

 

Quand ça m’arrive, je veux me revivre, et je traîne dans le quartier où j’ai grandi. Un jour, j’ai voulu entrer dans mon école primaire. C’était en plein mois de ramadan, les gosses étaient déjà sortis.

Je dis au gardien que j’étais là avant et que j’aimerais juste y faire un petit tour. Il me demande «  Kriti wella Kariti? » (t’étais élève ou maîtresse?)….. 

Euh…. Non mais mec, tu m’as vu moi et ma fraîcheur juvénile? On a l’air d’avoir 50 ans?

 

C’était plus petit que dans mes souvenirs évidemment, mais s’asseoir sur un banc en pleine cour,  c’était comme regarder des bribes de passé. Repenser aux garçons qui courent après les filles, aux petits tabliers que l’on portait tous, à nos petits manteaux, aux bisous volés, aux joues rougissantes.

Je souriais comme une demeurée, et le gardien m’a chassé.

Quand je suis rentrée à la maison, toute heureuse d’être allée dans mon école primaire, ma soeur m’a sorti « wech tu te la joues pied noir qui fait son come-back? » 

 

Voilà, les jolis garçons, ce sont ceux qui vous donnent envie d’envisager l’enfance.

Vous les rencontrez deux, trois fois dans votre vie. Si vous êtes conne, vous partez sans rien dire, sans rien demander. Avec la conviction que le fait des choses qui vous a réuni vous fera vous recroiser encore.

Vous êtes conne quoi……

 

Ou pas.

 

Dans le monde, il y a des villes majestueuses, qui crient au romantisme. Et il y a des villes comme Alger, qui crie au loup. Mais qui derrière des portes, recèle des surprises, d’autant plus surprenantes, que rien ne les présage ou ne les projette. Des surprises, telles des apparitions, dont la disparition ne nous surprendrait même pas.

 

C’est pourquoi j’aime Alger, pour cet étonnement là. Au  milieu de l’ennui, du gris de la ville, du noir, des gens qu’on n’aime pas, il y a des coups de théâtre dans des détours.

 

Ce sont les jolis garçons. Ce sont les caprices qu’ici on aime bien.

 

 

 

 

Mamzelle Namous 




p.s : je viens de lire le résumé du livre, qui donne envie d’être lu! Si je le trouve, je le laisserai sur un banc tiens, et je dirai où, pour qu’on puisse jouer (enfin) au passe-livre (book crossing, , livre-libre, kitab hor……). 

Bonjour je m’appelle Mina, j’habite Alger et je n’ai pas de voiture





Si toi aussi tu cherches une voiture depuis X temps, ce texte est pour toi. 
Si t’as 20 ans, de longs cheveux soyeux, une frange et que tes parents t’ont acheté une voiture quand t’as eu ton permis, passe ton chemin. Tu m’énerves à chaque fois que je te vois, alors de de grâce, barre toi! 
Alors voilà, jadis, mes parents m’ont prêté une petite voiture. C’était pas l’état de l’art, mais c’était cool, on s’amusait bien. Elle s’arrêtait sans raison, je lui gueulais dessus. Je lui chantais des chansons. Elle m’étouffait, je lui faisais prendre l’air.  Elle perdait de l’huile, je l’engraissais.
C’était comme un mauvais petit copain, au moins elle était là.
Pis un jour, elle est partie. J’ai pas compris. C’était la nuit, quelqu’un est venu et il l’a pris.
Mes parents m’ont expliqué que la voiture n’était pas à eux, qu’il fallait la restituer. Qu’on savait bien que ce jour finirait par arriver, et que vite ils m’en achèteraient une bien à moi.
C’était il y a bientôt un an.
Bientôt un an de « qui m’emmène le matin?« , de « ah oui j’adorerais t’accompagner à cette soirée privée avec des marines  à l’ambassade des Etats-Unis mais j’ai pas de voiture« , de « tu peux venir me chercher? », « tu peux me raccompagner? ». 
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA!
Bientôt un an de « attends je vais demander à mon père s’il peut me déposer« .
Cette dernière phrase, là, c’est un aller direct vers  » Salut, je m’appelle Mina et j’ai 15 ans ».
Chaque samedi ( parce que je choisis le samedi pour être particulièrment chiante), je me pointe devant mes parents à l’heure du déjeuner et je déblatère sur mon malheur de jeune fille moderne, sdf de la voiture.
Au début ils étaient encourageants, ils me disaient de patienter juste un peu, qu’une bonne affaire se profilait.
Au bout de quelques mois, le discours a changé, ils m’ont dit qu’ils voulaient du neuf. « c’est mieux d’acheter une voiture neuve, c’est connu ». 
Ensuite mon frère nous a dit qu’il allait se marier, et là j’ai compris que pour la voiture neuve c’était mort cette année.
Le samedi d’après, re-pointage tout de même « Alors kech tonobil? »
Là, leur face a commencé à  changer  » si tu veux une voiture, commence par chercher toi-même ».
Ok.
J’ai pris le numéro de toutes les « A vendre » vues sur la route. J’ai gentiment demandé le prix.
Les vendeurs ils m’ont dit  » Mmmm on m’a donnée 800000″.
Quoi? Mais votre prix?
« On m’a donné 800000 ».
Ah ok, je savais pas que je participais d’emblée à des enchères.
En plus que j’ai jamais rien capté aux prix.
Ensuite j’ai jamais compris pourquoi, en Algérie, la voiture d’occaz est aussi chère que la neuve.
Tout le monde a une explication logique là dessus , histoire d’interdiction de crédit, d’offre et de demande, bla bla bla.
Mais ça m’énerve, alors je comprends pas.
Au fil des semaines, j’ai tout de même sélectionné quelques bonnes affaires.
La 2Chevaux vintage à 200000 dinars. Je m’y voyais déjà.  La Swift de 2006 j’en faisais déjà des films dans ma tête. La dizaine de Peugeot 206 aussi.
Tout cela fut classé sans suite par la haute autorité parentale, la très respectée HAP.
Quelques semaines encore plus tard, le discours a encore changé. Des phrases telles que  » prends le bus » sont apparues dans le vocabulaire de la HAP.
On a aussi pu entendre  » tu veux une voiture? achète là toute seule ».
Mes arguments, tel mon désespoir, se sont faits enfantins. « Mais Rania, son père il lui a acheté une voiture elle! »
« Mabrouk 3liha », qu’ils m’ont dit.
Khraaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa! (ça j’ai pas dit, je l’ai juste crié tellement fort dans ma tête que je suis sourde).
Mon anniversaire est passé, des milliers de samedi aussi, la même rengaine toujours.
Je pense à une fugue, ma grand-mère songe à un vol. Nous repensons à l’époque où j’avais entre 15 et 20 ans, et qu’à part Volkswagen, aucune marque n’avait grâce à mes yeux. J’étais snob, garce, j’y croyais.
Aujourd’hui, je prendrais même du chinois. En voiture, pas en homme, je suis encore snob du mec.
Samedi dernier, je dis rien. Je retiens, j’avale mes mots, je ravale ma salive, je fais tourner ma langue, je chope un ulcère. Mon frère nous parle de la somme minimale que coutera son mariage.
Vous savez que traditionnellement ce sont les parents qui prennent en charge ce genre de frais. 
Je m’étrangle.
On me tire de mon silence en me demandant  » Et toi Mina il faut que tu commence à penser à tes robes pour le mariage de ton frère ».
AAAAAAAAAAA JE VAIS VOUS RUINER!!!!!!!
Je les regarde avec ce regard que-je-crois-mystérieux-et-profond-mais-qu’en-fait-est-ridicule-et-qu’on-dirait-plutôt-que-je-louche. Le regard que prennent les gens qui voient défiler la phrase ridicule  » La vengeance est un plat qui se mange froid ».
C’était le récit  de Mina, jeune fille de plus de 25 ans qui a perdu la tête. L’année prochaine elle vous racontera comment elle s’est mariée avec un chinois petit, myope et moche, et en plus pauvre. 



Mamzelle Namous

C’est pas Moi, c’est Elle

the sartorialist
Vous savez, il y a des matins dans la vie où vous vous levez dans un éclat de rire.  Où un sourire vous suit gentiment toute la journée , où vous traînez un visage radieux malgré vous. C’est rare, mais ça arrive.
Ce matin là, vous ressortez le recourbe cils et vous êtes la reine du monde.
J’appelle ça les journées où votre vie vous rattrape, où votre visage se reconnaît.
J’appelle ça les jours amoureux. Ceux où vous vous surprenez à regarder les arbres, tiens.
J’en ai eu quelques un comme ça ces dernières années. Et là très dernièrement.
C’est un réveil doux, où l’on rêve encore, avec étirement, avec enjambées. Quand BAM on entend quelque chose qui se fracasse. Merde, j’ai oublié que je dormais avec l’ordi sur mon lit.
On ramasse, tout va bien, la tête continue son sourire.
C’était un jour, où dans la voiture, au milieu des bouchons et de la chaleur, je regardais deux gosses dans la voiture devant moi. Ils collaient leur nez au pare brise arrière et jouaient timidement. Pas le genre de gosse qui vous fait la grimace quand il vous voit ( ou un doigt tiens, ça arrive aussi). Le genre un peu gêné et espiègle dans les yeux, qu’on a envie de prendre en photo.
Le genre qu’on a envie d’imiter aussi, et qui nous rappelle toutes les fois où, avant 10 ans, on a fait ça.
Je les salue quand ma voiture les double, et j’ai peur de me prendre un vent. Mais non ils sont gentils, ils me font un signe aussi.
Là je sais, à mon émotion ridicule, que mon enfance me cherche aujourd’hui.
C’était ce jour même où j’ai fait un road trip forcé avec une fille que je n’aime pas beaucoup. Les filles qui ne s’aiment pas savent se réunir autour de deux sujets de conversation : les cheveux et les garçons.
Les filles qui s’aiment aussi d’ailleurs.
On s’est éclatées à se raconter nos histoires de lit, de boutiques de lingeries tenues par des barbus où du coup t’oses pas trop regarder. Quand tu chopes timidement un modèle, le barbu te dit «  non non celui là ne t’ira pas, fais moi confiance, prends plutôt un bonnet C« .
Et t’as envie de t’enfuir. Alors que le mec il a toujours grave raison sous sa barbe.
On s’aime toujours pas avec la fille, mais on se fait moins de grimaces.
C’était ce jour aussi, lorsque je suis rentrée à la maison, et que ma mère m’a embarqué pour aller visiter un appart. « On cherche un logement maman?« 
-« Non mais ça fait passer le temps, et on sait jamais qu’un jour on veuille te foutre dehors » 

J’adore les agents immobiliers et leur j’ai-réponse-à-tout.  Si vous dites que la fenêtre donne sur une vue pourrie, il est capable de vous sortir « Non mais plus personne ne regarde par la fenêtre aujourd’hui ma p’tite dame ». 
Alors on est allés voir l’appart où ma mère compte me jeter un jour. Et je ne sais pas ce qui s’est passé, mais j’ai fait un bond dans le temps. J’ai la certitude d’avoir grandi dans cet appart, ou d’y avoir passé des heures et des heures, avant mes 10 ans.
L’agent immobilier nous dit qu’il a été construit au début des années 2000.
Je le crois pas, je crie  » On achèèèèèèèèèèète« !
Ca n’évoque pourtant rien de particulier à ma mère, mais ça me rappelle tellement quelque chose des années 80.
Ou des photos de mes parents dans le années 70. Quelque chose dans ma mémoire en tout cas.
En sortant de l’immeuble, j’eus la sensation d’un regroupement de vie.
On achètera pas, parce que « machi affaire », mais ça me conforte de savoir qu’il y a là, partout, des endroits inconnus ancrés dans notre mémoire.
Je me souviens qu’un jour j’ai beaucoup trop aimé cette phrase de Ionesco, « Le fait d’être habité par une nostalgie incompréhensible  serait tout de même le signe qu’il y a un ailleurs« , sans vraiment la comprendre.
Je me souviens avoir beaucoup dit, à une époque, que nous sommes originaires de la mémoire de nos parents.
J’y ajoute évidemment, allègrement, la mémoire de notre enfance.
Et il y a des jours, à la vue d’un endroit, ou d’un homme tiens, où votre enfance vous coure après. Alors mieux vaut n’avoir d’autre choix que de courir avec elle, de tourner autour des arbres, jusqu’en avoir les joues rosies, et le visage qui éclate de rire.
Mamzelle Namous