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Libérez les Boissons!

Alors toute à l’heure je parlais au téléphone avec ma sœur, qu’est partie loin. Elle marchait dans une grande et belle avenue, café caramélisé starbucks à la main, elle gambadait, heureuse et ensoleillée.

Elle me dit «  Et toi tu fais quoi ? ». Moi ma chérie je marche dans les rues du quartier, je vais m’acheter à manger. Tu veux entendre ma commande, ça va te faire rêver : Bonjour, complet poulet sans salade s’il vous plait, hrissa-mayonnaise oui, merci .
Ca te donne pas envie de revenir à Alger ? Nos matins sont légèrement frisquets, je prends un foulard d’automne avec moi. La journée, peu à peu, devient moite et chaude. L’humidité ravage nos cheveux et nos teints.
Il y a de l’humidité là où tu es ?
« Non non mes cheveux tiennent bien ». La boucle, meilleure indice du taux d’humidité.
Je lui dis que notre mère m’a harcelé pour qu’on installe Skype, et ce fut chose faite la veille. Qu’on l’a attendu mais qu’elle ne s’est pas connectée. Que maman n’a pas voulu me laisser aller dormir , qu’elle a voulu garder l’ordi, qu’il a fallu lui montrer comment ça marchait Skype. Comment ça marche Windows aussi.
« Ah oui hier soir je suis allée au ciné. Ensuite dans un resto super bon, y avait un acteur américain hyper connu mais je connais pas son nom. Tu sais celui avec les cheveux gris ».
Aaaaaaaaaaaaaaaaa ijzeBdebzebfbzfiezabfhzbfz Georges Clooney ? bkdezdegbuedg éyuegé ue Richard Gere? hkedhzihdezgezigdzeiu Robert Redford ?jlkzjzoemhmferzhfm!izjfzmfz!mémkremk!!!!!
« Je sais plus,  passons ».
Je t’envoie des photos d’acteurs toute à l’heure et tu me diras si tu le reconnais. Comme ils font dans les films avec les suspects.
« C’est bon Mina, t’as pas de vie ou quoi ? »
Bien sur que j’ai pas de vie, mon meilleur ami est le tenancier du fast food.
Je lui demande si elle compte venir à Alger pour ses vacances en novembre. Ca coïncide avec la fête du mouton, et ça serait bien qu’on se retrouve tous.
« Euh… »
Je joue la sentimentale, je lui rappelle l’aïd de l’an dernier. On avait un joli petit mouton, qu’on avait appelé Georges mon mouton. Sa peau ressemblait à nos boucles, et chaque jour on le vaporisait de parfum. Un mouton c’est moche et ça pue, mais on s’y attache.
Dans un scénario européen, on aurait tout fait pour sauver Georges mon mouton de la mort, mais l’algérien, après une demi-douzaine d’aïd, autant de moutons, devient blasé de la tendresse moutonnière.
Ainsi va la vie.
Alors le jour fatal, on a filmé. On a eu la chance d’avoir un vétérinaire en guise de debah (abatteur) qui nous a tout expliqué, qui nous a fait participer, et qu’à la fin on a voulu draguer.
Mais il avait des mains pleines de sang, nous des gandoura ( robes de maison) et ma mère se plaignait que le foie de Georges mon mouton soit trop petit.
On a donc évité le coup du « Je fais une étude sur les vétérinaires algériens de moins de 35 ans, j’aimerais beaucoup avoir ton témoignage de professionnel, tu peux peut-être me laisser ton numéro ? Ah t’es chez mobilis, c’est super, moi aussi ! »

On a raccroché en rigolant, et en attendant mon sandwich, j’ai eu  une énième discussion avec une inconnue sur « L’Algérie ».
On a tous eu cette conversation. Ca commence gentiment, et ça inclut souvent  » L’Algérie rahet fiha, ya hassra, djazair bekri ». Même si les interlocuteurs ont 25 ans.
Ca tourne autour de « on ne vit plus », »on ne sort plus », « L’Algérie c’est devenu n’importe quoi » , » Y a nulle part où aller »,  » On étouffe ».
« La circulatiiiiiiiiiiioooooooooooooon ».
Y a des périodes d’ailleurs où je ne peux plus parler d’autre chose que de la circulation.
Et même la circulation « c’est voulu! »
Ca va vers autrui : « Les gens ne respectent plus rien » , « ness heblou ».
Et à un moment, l’une des deux personnes dit quelque chose qui va faire sourciller l’autre. Aujourd’hui, j’ai sorti   » Et vous avez vu, ILS ferment les bars et les débits d’alcool« .
Silence gêné de l’inconnue. Je me sens obligée d’ajouter  » Non mais même si on les fréquente pas, ça nous concerne tous ». 
Blanc………………………
« Non mais c’est par principe ». 
Blanc qui lave plus blanc………………………………..
« Non mais c’est une question de liberté. Aujourd’hui c’est les bars, demain ça sera les chocolateries. Ou les fast food tiens ». 
Mon complet poulet sonne le glas de cette descente aux enfers.
Je sors de là, j’envoie un texto à ma soeur  » Ne viens pas pour l’aïd, c’est moi qui viens, bisou ».
Mamzelle Namous

Love sweet Love

On ne parle pas beaucoup d’amour ici. C’est un mot qui se chuchote et qui s’écrit à peine.
On évoque la rencontre, on attend le mariage, on discute des questions associées.
Un jour, j’assistais à une discussion entre deux filles. L’une parlait de « son ami ». L’autre demandait « Alors vous pensez au mariage ? ».
« Non, pas du tout ».
« Alors pourquoi vous restez ensemble ? ».

Cette fameuse question, lorsque vous y avez droit pour la première fois, un « euh….» s’éclipse de votre bouche, et s’installe dans votre tête.
Que répondre à ça. Certains disent « on apprend à se connaître ». Mais la réplique a sa date d’expiration. 
Alors on dit qu’on s’aime, qu’on ne se projette pas dans l’avenir, qu’on est encore jeunes pour penser à tout ça.
Et on le dit souvent, tant la question du « alorskech officialisation ? » est récurrente, sur le ton de la plaisanterie  (la plaisanterie qui dure, qui dure) ou celui sérieux des gens tristement sérieux

Il n’y a pas de notion du présent. Ici le présent n’est qu’un prélude. A une khotba (demande en mariage), à un crédit immobilier, au premier fils.

Au début, la question vous fait rire. Vous vous en fichez, vous êtes libre, heureux, l’amour s’installe doucement dans votre vie.  Vous vous moquez de ces gens et de leurs réflexes avec vos copains. Vous êtes différent de la masse. Vous avez 30 ans, mais merde vous êtes encore jeune, aucune ride ne se lit sur votre visage, vous avez toute votre vie pour un crédit et des mioches à aller chercher à la crèche locale.

Après quelques mois, cette question «  mais t’as envie de te marier avec elle/lui ? », rentre dans votre quotidien et sort de la bouche des potes avec qui vous en déconniez avant (cf. paragraphe précédent). Alors forcément,  votre sourire radieux (faisons nous plaisir, lançons nous des fleurs) s’irrite un peu.
Vous expliquez aux gens qu’entre vous et l’amour de votre vie, c’est la vie au présent.  Que votre relation n’a pas besoin de ce support qu’est le projet d’avenir.

Les gens, ils gobent pas ça. Ils sont dans une bulle de pâte d’amande en forme de poire.

Au bout de deux ans, vous êtes la pute de service. Vous appartenez à la catégorie de filles avec qui le mec joue, mais qu’il n’épouse pas. Les histoires de «  Chafia est sortie pendant des années avec Chafik. Ils étaient fous amoureux, ils sortaient, ils faisaient tout ensemble. Mais il a fini par épouser Chafika, la très jeune et très sage fille du commissaire ».

Votre mère  qui a toujours eu peur que vous deveniez une Chafia, vous répète que sortir avec des garçons c’est bien. Perdre son temps avec eux, c’est moins bien. 
Et votre meilleure amie commence à tenir le même discours.

Le temps… si frêle. Si insignifiant. Tous ces parents qui s’agitent pour inscrire leur gosse de 5 ans et demi à l’école, sinon après il sera toujours en retard sur son âge.
Tous ces mauvais choix qu’on s’oblige à assumer au risque de perdre encore une année.
Les choses qu’on croit devoir réaliser avant 30 ans.
C’est dur l’amour entre deux êtres humains. C’est dur le couple dans certains pays. Le temps présent est tout ce qui existe, et qu’on cherche pourtant à fuir à coups de bonds dans l’avenir. 

Ou à coups de ressassements du passé parfois aussi….

Se lier au présent avec une personne, en prenant son temps, c’est vivre sa vie sans déranger le futur qui arrive. Sans se ranger irrémédiablement. 
C’est l’amour qui prend votre vie, avec courage, avec douleur. Alors c’est risqué, ça dérange ceux qui vous veulent du bien, et ceux qui veillent à votre mal.  

C’est trop d’individualismes pour entrer dans nos traditions.

Alors que vous ne dérangez personne, vous serez rangés dans des cases de petits esprits. La vieille fille, la salope, celui qui ne veut pas s’engager, celle qui a raté des occasions en or, celui qui a fait un mauvais mariage.

On vous prêtera volontiers de l’amertume aussi.

Alors que votre fenêtre abrite des baisers salés et des baisers sucrés, vous vous surprenez parfois à vous laisser prendre par les lèvres amères des autres.  Et à vous poser des questions sans goût.

Mais un nuage de bisounours balaie ces questions, et vous laissez l’amertume pendre aux langues de ceux qui en  ont le temps.

Mamzelle Namous

Ecoute la Mer!

L’autre fois,  en un jour joli de vendredi , on s’est tous levés tôt pour aller à la plage, en famille. Au complet. Le truc qui n’est pas arrivé depuis 1999.

Le père, la mère, les frères et les soeurs, la grand-mère, la tante qui traîne toujours dans les pattes. 
Wow wow ce serait le bonheur….. 
On était debout à 9h, on a enfilé nos maillots, on s’est disputés sur le nombre de serviettes à prendre, on a cherché les paréos et les crèmes solaires, on s’est gueulés dessus parce que Machine avait fini l’huile de monoï. 
On a pas voulu prendre de petit dej’ pour garder le ventre plat ( enfin les filles, enfin moi quoi).
Quatre heures et cinq sacs de plage plus tard, on a grimpé dans la voiture. Manquait plus que les thermos. 
Ah mais si on en avait un. 
Encore un peu , et on embarquait la pastèque, mais on est des gens classes tout de même. 
Dans la voiture, les enfants ( moyenne d’âge 23 ans) se sont pris la tête car personne ne voulait s’asseoir au milieu, et tout ce chahut a énervé les parents. Des cris se sont entendus. On a évité la distribution de gifles, on est des grands enfants quand même. 
On allait enfin démarrer, quand ma mamie a hurlé qu’elle avait oublié son téléphone, elle a couru vers la maison, et on l’a attendu une demi-heure.
En l’attendant, les enfants ont voulu descendre de la voiture, mais les parents  ont eu peur qu’on se disperse trop, qu’on revienne jamais et nous ont contraint à rester assis.
Le père voulait pas gâcher la clim, alors on avait chaud, et la mère l’a traité de radin. L’ambiance a chauffé, et les enfants se sont faits tout petits. 
Sur la route, on a chanté (yeah yeah yeah) , on a dansé ( là je crois que j’ai vu passer une claque), on a draguouillé les mecs ( on reste discrètes, l’enfant sait avoir des  réflexes d’ado). 
Une fois arrivés à la plage, les enfants se sont mis d’accord pour rester sages et ne pas éveiller la bête qui sommeille en chacun des parents. Nous les avons donc laissé choisir le coin le plus pourri, bien entouré de familles.
Vous savez planter un parasol vous? Parce que nous, vraisemblablement, non. On dira que c’est à cause du vent, et des débats sur le positionnement idéal de la chose. 
Moi je regardais ailleurs, j’ai pas pu aider. 
La chose s’est envolée au moins cinq fois, a failli éborgner plusieurs personnes, et on a dû la tenir avec les mains à la fin. 
On a couru comme des sous-dev vers l’eau mais  y avait des méduses . Et les enfants ( les vrais, les moins de 10 ans, pas nous) s’amusaient à les attraper avec leurs seaux. C’était très mignon. 
Mais complètement inconscient, les parents sont fous de laisser faire ça. 
Cette dernière phrase est de ma mamie. 
Du coup nous, on avait tellement peur, que mêmes les algues, on les prenait pour des méduses. Et on est restés sur le sable, à boire du thé, manger du chocolat fondu, et des melons baignés dans de la vodka (ça c’était dans mes rêves et les suggestions non suivies de mamie). 
On s’est racontés nos petites aventures de mer. Comment Machin est resté balafré pendant TOUTE UNE ANNÉE après qu’une méduse l’ait chopé. 
Comment Machine a été piqué par une araignée de mer en 1990 et a dû se faire OPÉRER aux URGENCES.
Ensuite, c’est de la surenchère évidemment. 

Ca s’est fini par la tante qui a croisé un ours de mer au large de l’atlantique.

« C’est pour ça que t’as une sale gueule ? », on lui a demandé ( dans nos rêves). 
Au bout d’un moment, le soleil qui tapait fort, la faim , la fatigue ont conduit les enfants à faire ce qu’ils font de mieux : pleurnicher pour rentrer à la maison. 
Cette après-midi là, on a oublié qu’on avait tous au moins 18 ans. 
Nous sommes rentrés à la maison, grillés par tant de soleil, ressemblant à des sablés à la cerise. 

Quatre inondations dans la salle de  bains plus tard, la bonne humeur était revenue et on a fait ce qu’on fait de mieux aussi , on s’est moqués de nous.
Le lendemain, on s’est tous levé très tôt pour aller à l’aéroport. Accompagner notre soeur qui va poursuivre sa vie sous de lointains cieux.
Sur la route, on a joué à « Qui peut draguer le plus de mecs en voiture« . C’est ma soeur qui a gagné le plus de sourires, parce que c’est la plus belle. Et que j’étais trop rouge.
Sur place, on a beaucoup ri, beaucoup trop. Mais ça n’a pas pu empêcher les larmes d’au revoir.
On s’est quittés plein de mélancolie.
Le lendemain de son arrivée, ma soeur m’appelle. Elle meublait son nouvel appart, et me dit  » Minaaa, je suis allée faire des courses,  un vendeur m’a arnaqué! « 
Moi  « Ewwww, déjà! Méfie toi, c’est des voleurs là bas, qu’est ce qui s’est passé?« 
Elle:  » Il m’a vendu une lampe de chevet sans ampoule!« 
Euh…………………………. C’est normal non? Attends j’ai un doute, je demande à Maman. 
Moi « Mamaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa c’est normal d’acheter une lampe sans ampoule??« 
Le temps d’un instant, on a oublié qu’on avait toutes deux au moins 20 ans.
Ca nous a ravi cette enfance intouchable.
Ma mère en était dépitée. 
Elle qui nous appelle quatre fois par jour pour s’assurer qu’on mange bien, qu’on travaille bien, qu’on dort un peu au moins.
Ca nous sied bien ce cocon.
J’espère que ma soeur, au loin, continuera de le ressentir.  Parce que la famille, qu’on soit collés comme des sardines dans une bagnole, ou séparés par des « il est quelle heure chez elle déjà?« , c’est un truc qui vit en vous. Un truc increvable.
Et ça c’est le bonheur, wow wow …….

Mamzelle Namous

Joli Matin d’Octobre

C’est un joli matin d’octobre.

Un matin pour tomber amoureux.
Le soleil jauni quitte nos vies, et nos jambes blanchissent derrière de l’opaque.
L’Algérie est un mauvais pays pour la rencontre amoureuse. Il faut penser à où se voir, où créer ce qui n’existe pas encore, où partager son intimité.
Que dire à ses parents.

Kiss Cool

Notre aid de cette année a été bercé par une drôle d’ambiance  (ah oui,  saha aidkoum, mouah mouah mouah, koul am ou ntouma bkheir, saha ou l hna nchallah, t3idou ou ntzidou,  3ayadtou milh? ça s’est bien passé? la famille ça va? rehtou le bled?). 


Fait normal, durant l’aid, tout le monde s’appelle, même les gens qui ne s’appellent jamais, mais vraiment jamais. 
La téléphonie aidienne répond cependant à quelques règles :
-Le plus jeune appelle le plus vieux. Et faut faire viiiiiiiite, sinon une personne plus âgée que toi risque de te téléphoner avant ( genre à 9h du mat le premier jour) et te dire  » Oh tu m’appelles pas pour l »aid? ».
Et là t’as aucune excuse, t’es juste quelqu’un de mal poli.

Règle n°2 : Souhaiter saha aidek sur son mur FB à l’attention générale, ça ne compte pas. C’est trop facile.
– Les gens classes ( comme vous, comme  moi) n’envoient pas de textos groupés. Ils prennent le temps, parce que les gens classes ( nous)  font dans le particularisme.

Si vous n’avez envie d’appeler personne, vous pouvez simplement vous expliquer en disant  « Aucun appel ne passait, réseaux bouchés, catastrophe! »
Oui pendant l’aid, votre sauvagerie annuelle doit être justifiée.
Autre fait normal, durant l’aid, les gens se rendent visite…. beaucoup…… 
La famille, les amis, les collègues fayots, les voisins.
Cette année, même les Kadhafi sont venus nous rendre visite (les Guedafi pour les plus je-veux-montrer-que-je-suis-un-arabisant d’entre vous).
Cette visite nous a  valu quelques messages fort peu sympathiques. Ainsi, entre les textos du style « saha aidkoum, mouah mouah mouah, koul am ou ntouma bkheir, saha ou l hna nchallah, t3idou ou ntzidou,  3ayadtou milh? ça s’est bien passé? la famille ça va? rehtou le bled? », se sont glissés des mots de nos amis étrangers du genre:
« Non mais comment vous avez pu accueillir ces gens? Vous n’avez aucune humanité ou quoi? Non mais y a que l’Algérie pour faire ça, franchement ».
J’ai même une copine qui m’a gueulé dessus, comme si la Mercedes des Kadhafi était venue se garer devant chez moi.
Oui, les kadhafi sont arrivés en Algérie en Mercedes ( ou truc du genre); vous imaginiez quand même qu’ils s’étaient cachés à l’arrière d’un camion….
Et  la diplomatie américaine n’a rien à voir avec cette décision…. rien.
Et oui, bien sur, les algériens ( tous hein, parce qu’y a eu un référendum pour nous demander si on voulait bien de la famille d’un tyran dans notre territoire, et on a répondu à 99, 99% oui, et le gouvernement , comme à son habitude, a juste suivi l’avis du peuple) sont sans humanité.
Contrairement aux autres pays, qui eux, n’ont jamais reçu les Kadhafi chez eux. Jamais de la vie!
Si un jour vous avez croisé la chevelure blonde d’Aicha Kadhafi dans un immeuble haussmannien du 8ème arrondissement de Paris, eh ben…. eh ben… eh ben………. Ah oui c’était avant que le reste du monde ne se rende compte que son père était un monstre.
C’était avant Jésus-Christ.
Du coup, durant l’aid, on a beaucoup parlé de la Libye, chacun y allant de sa petite théorie.
On a beaucoup parlé aussi de la position de l’Algérie dans tout ça. Chacun y allant de sa phrase , « Nos diplomates ne servent à rien », « Aucune prospective », « On est des cons »,  » Non notre ligne de conduite est parfaitement justifiée ».

Plus tard dans la semaine, alors que la vie normale reprenait doucement, qu’on tapait 30 bises par heure pour se souhaiter saha aidkoum, et qu’on parlait des gens qui ont le courage de faire sabrine (jeûner encore six jours pour avoir le forfait illimité accès paradis), des phrases type apocalypse now  sont venues gâcher l’ambiance.

« De toute façon ici ça va barder pire qu’en Libye » ;  » Le pays bouillonne »;  » T’as vu comment ils vont reloger les gens dans des cités de luxe, ça se fait pas, ça va exploser » ; « Allah yestar »; « C’est le retour de la décennie noire »;  » Les attentas de tizi et de cherchell c’était voulu qu’est ce que tu crois » ;  » L’Algérie est foutue ».

Yeah ambiance!!!!!!!
Septembre commençait mal, très mal.
La peur nous prend.
On ne pensait pas que c’était possible, mais le dispositif de sécurité a encore  été renforcé. Le moindre de nos pas semble nous rappeler que nous sommes sur une poudrière.
L »impuissance rencontre l’éventuel inévitable. Et nos gorges se serrent.
Alors, quand le 3 septembre, on a su que des petites manifs étaient prévues pour défendre le port du poum-poum-poum short dans certains coins de la ville nocturne , on était contents qu’il pleuve ce jour là.
Saha aidkoum, restons sages , mouah mouah. 



Mamzelle Namous

Hors série, Crazy Thanks

Il est coutume, chez les blogueuses chics, suite à la parution d’un article chic dans un journal chic, d’écrire « Bienvenue aux lecteurs de …. « .
Ici, bien qu’on soit chics, on fait pas comme tout le monde.
Une chose m’étonne, beaucoup de gens lisent les journaux sérieux…..
Je ne les lis que quatre fois par an.
Et quatre fois par an, en refermant le journal, je clame « Pffff non mais n’importe quoi les journalistes en Algérie », histoire de légitimer  ma paresse de la presse.
Nesrine Sellal m’a contacté par mail la semaine dernière pour me demander si je voulais bien accorder une interview à el watan week end. J’ai dansé la rumba sur mon lit à la lecture de son mail.
Ensuite, je lui ai répondu, l’air détaché  » ouais ouais pourquoi pas…. ».
On s’est retrouvées à la maison de la presse. Et dans mon fantasme, cette maison ressemblait à une belle bâtisse blanche, avec un grand salon, où des journalistes sexy-intello-brumeux se retrouvaient pour boire du scotch, se draguer et discuter de l’avenir de Cuba sans Castro.
Ben en fait, fallait le deviner, la maison de la presse c’est juste l’endroit où y a les bureaux de plein de journaux.
Et ça n’a rien de sexy. Faut laisser une pièce d’identité à l’entrée, et bien sur j’en avais pas. J’ai laissé ma carte chifa (la carte vitale algérienne  récemment créée).
En réalité  j’avais mon permis, mais je voulais frimer avec ma nouvelle carte chifa.
Nesrine, elle , heureusement, était sexy et adorable. Du coup, en confiance, j’ai déblatéré mon lot quotidien  de conneries.
On a beaucoup parlé de notre place dans la société , du chagrin ressenti quand on en arrive à croire qu’on ne fait même plus partie de cette société. Qu’il y a ce cercle, et qu’on flotte autour.
Bla bla blour….
J’ai aussi parlé des liens qui se tissent depuis quelques mois  au sein de « jeune vie algéroise » entre nous.
Bla bla blou….
 Et à la fin, je lui ai dit  » Bon je te fais confiance pour ne pas me faire passer pour une conne ».
« Oui oui mina t’inquiète pas ». 
Je rentre chez moi, le coeur léger, le pas ravi, heureuse de ma journée.
Le lendemain matin, je décuve. J’ai peur que mes conneries se retournent contre moi ( c’est un truc qui arrive souvent avec les conneries).
Au final, l’article est cool, très cool.  Vous pouvez le lire ici. 
Les réactions ont été top, et les statistiques m’ont de nouveau bluffé.
Les messages dans les coms, par mail ( si je vous dis que j’ai reçu 300 mails vous me croyez? Non? Si? Non? Bon ok khlass, un mails reçu), et sur la page fb ont été cool, très cool, vachement cool quand même.
 A nouveau je danse la rumba dans mon lit.
Danser la rumba pour moi c’est simultanément déhancher ses hanches, faire des grands mouvements avec les bras, faire le tcha-tcha-tcha à ses pieds, ouvrir grand la bouche  et se regarder dans le miroir en faisant tout ça. Et se croire dans une balançoire.
Danser la rumba, dans certaines contrées isolées de Cuba ou de mon imaginaire, c’est une façon de remercier les personnes qui viennent vous rendre visite et qui reviennent.
Et vous aimez tellement ça, que bam, vous dansez la rumba.
Mamzelle Namous

This is not a short story

Garance Doré

 

Le joli mois d’août s’achève. Nous pensons avec nostalgie aux kilos que nous allons reprendre, à la plage que nous allons revoir. Au déjeuner, au goûter.  A l’apéritif aussi.  Nous rêvons aux manches longues d’octobre.
Durant cette contemplation d’avenir, des voix stridentes se hérissent entre nous et le monde.
« Mala ghedwa l’3id? »
« Lalla, ils ont dji mercredi fel journal »
 » ana ngoulek c’est demain ».
Un jour de plus ou de moins, quelle importance de spéculer….. Importance nationale, tout le monde ne parle que de ça.
Et moi aussi, mais deux autres choses m’ont détourné l’esprit.
1. Toute à l’heure, je rentrais tranquillement chez moi, trois paquets de gâteaux à la main, une brioche au chocolat qui faisait coucou aux passants, quand j’entends un grand chahut . C’était dans ma rue. Y avait des mecs qui chantaient, qui dansaient, qui attiraient toute l’attention sur eux.
« Saga Africa, attention les secousses. Saga Africa, Ambiance de la brousse ».   Et la gestuelle animale qui allait avec.
Le pourquoi du come-back de Yannick noah dans ma rue? Deux jeunes filles de couleur noire marchaient tranquillement.  Leur passage a éveillé la bêtise humaine.
Elles étaient ahuries, et moi aussi. J’ai eu honte. Et si j’avais pas eu peur que les types me cassent la gueule, je les aurais insulté.
On sait bien qu’il y a des cons partout, on sait aussi que l’Algérien de façon générale est enclin au racisme facile, mais cette scène dans ma rue, ces singes dans la rue, c’était tellement moche.
2. Ce matin, j’ouvre ma page facebook, une amie partage un article de journal titré « Un couple échappe au lynchage à cause d’un short ».
L’histoire d’un soir, un couple de jeunots qui se balade à Didouche, la fille porte un short court, des jeunes garçons n’apprécient pas, ils les suivent,  les entourent. Ca prend des proportions.
Les flics interviennent pour protéger le couple.
Je n’y ai pas cru. J’ai pensé que l’info était exagérément exagéré, j’ai cherché d’autres infos.
En un jour, l’histoire a fait le tour de la toile.
Je ne sais pas si ça c’est vraiment passé comme cela.
Mais si oui, j’ai honte aussi.
Même si c’est un évènement isolé, c’est digne d’un cauchemar.
C’est indigne de l’Homme.
En plus que les shorts sont revenus à la mode depuis des années maintenant ,qu’ils se sont imposé à nos jambes, et que le magazine « ELLE » s’était trompé en 2005 en annonçant qu’ils ne passeraient pas la saison.
Si cette histoire est réelle,  toutes les filles devraient défiler à Didouche en mini-short. Enfin, juste celles qui n’ont pas de cellulite.
Mais du coup, elles seront pas nombreuses.
Bon  allez toutes les filles, cellulite, vergetures, capitons sont de la partie!
 (Comment ça je ruine les fantasmes masculins!)
L’essentiel est qu’il y ait de la cuisse de poulette, de la fille, de la liberté, de la dignité.
A la fin, on jette nos shorts et on entre dans l’histoire. (Et plein de téléfilms d’M6 évoqueront ce jour là!)
Bon, juste celles qui ont des petites fesses bien rebondies peuvent faire ça, sinon….c’est juste comme au hammam, et c’est pas cool pour les yeux.
Si la foule des singes veut nous lyncher, alors on se laissera pas faire. Je vais pas vous mentir, il y aura des morts, certaines d’entre nous se sacrifieront ( bessah machi ana) , il y aura des arrêts obligatoires au nouveau magasin de chaussures italiennes qui a ouvert, mais la liberté fondamentale de l’Homme à porter le short vaincra la rue  ce jour là.
D’un autre côté, c’est l’aïd demain ou après-demain, et ensuite c’est férié, et on doit aller en famille à Oran, et il  faut aller rendre visite aux amis à Blida.
Alors l’histoire du short , on en parle, on se choque, on accuse, mais d’ici quelques jours, ça nous fera juste une belle jambe.

Saga Algéria, ambiance de la frousse…..



Mamzelle Namous

Silence…On jeûne

En ces jours saints où nous cultivons notre sainteté, il y a dans l’air des répliques récurrentes qu’on chope, qu’on casse, qu’on agace, qu’on répète, qu’on se demande pourquoi.
Top 10 des phrases entendues chaque année: 
1- Si tu passes tes journées à dormir, ton jeûne ne compte pas. 
(Ah oui? C’est la circulaire divine n°78-23 qu’a décrété ça?)

2-Si une mini-itsi-bitsi-tini-ouini-toute-petite-ouistiti goutte d’eau s’est logée au fond de ta gorge pendant que tu te brossais les dents, ton jeûne est rompu. Tu passes au rattrapage mon chou. 
(Certains d’entre nous, plus intelligents que les autres, ont trouvé la solution. Ils ne se brossent plus vraiment les dents; ça génère d’autres problèmes du coup. De communication, de respiration aussi).
3Si tu ne fais pas la prière ou ne lis pas le Coran, durant ce mois, alors autant arrêter les frais ma fille, tu te fais du mal pour rien. 
(Ca c’est la directive angélique n°42-89 qui le prescrit apparemment) .

4-T’as commandé des gâteaux pour l’aïd? Parce qu’il faut se dépêcher. 
(Genre de questions qu’on te pose trois semaines avant l’aïd….Et là encore l’humanité se divise en deux catégories de bonnes femmes. Celles qui font leurs gâteaux elles-mêmes et qui préfèrent plutôt crever que de les acheter en pâtisserie, et celles qui passent commande.
Ah et y a aussi une troisième catégorie, celles qui oublient.)

5-Si tu te parfumes la journée, alors t’es une grosse salope qui cherche juste à exciter les mecs,  ben ça se fait pas trop tu sais. 
(Non parce que vous savez, l’homme est un animal étrange, la moindre effluve l’exciterait et romprait son jeûne.
D’ailleurs, un jour, ma grand-maman était au marché et voulait acheter du parfum. Et le vendeur, un barbu, lui a dit qu’il ne le lui vendrait qu’à condition qu’elle n’en mette qu’à la maison.
Vous en conviendrez, le vrai problème dans cette histoire est pourquoi ma grand-mère va chercher du parfum au marché?!).
6- Si tu passes tes journées à te plaindre de ta faim, de ta soif, de ta fatigue, alors tu respectes pas vraiment le Ramadan. 
(Décret d’application des piliers de l’Islam n°01-99).

7- Non mais de toute façon, notre islam est approximatif. 
(Parle pour toi, et encore mieux, ferme ta gueule).

8-Alléluiaaaaaaaaaaa! 
( Ca c’est le cri de la fille qui vient d’avoir ses règles).

9- Y a-t-il  une sorte de corrélation entre le jeûne et la libido? 
( Ou la question que personne n’ose poser à voix haute. D’après une étude, menée en 1993 à l’Université d’Harvard, sur l’effet de la privation alimentaire sur l’appétit sexuel, la réponse serait oui.
Alors jeunes filles, ne paniquez pas, c’est un phénomène scientifique, et non pas un diablotin qui vient vous chatouiller là où il faut pas).

9- Tu sais avec cette chaleur, j’arrive pas à manger le soir, je bois que de l’eau. 
(Dixit la meuf qui s’est pris 4 kilos en trois semaines).

9- Oh tu sais moi je supporte bien le Ramadan. 
(Mytho). 

10- Le temps passe vite, mabka walou ( le Ramadan est presque fini). 
( Celle là, on l’a entendu dès le début de la deuxième semaine).

Et y a une série de phrases quotidiennes, qu’un soir, quelqu’un a oublié de prononcer. C’était hier, il était 19h45, on s’affairait en cuisine, ma mère était toute contente que, pour une fois, on soit pas en retard. Les minutes ont continué à passer , on a regardé nos montres. Puis l’horloge.
Et on s’est dit  » Le muezzin a quand même pas oublié l’appel à manger? » Non parce que toute l’année, même à 4h du mat, le mec il est toujours au rendez-vous.
Alors soit il matait la soirée années 80 sur France 3, soit le micro marchait pas, mais il a laissé tout le quartier dans la perplexité.
Et c’est bien la seule fois où on s’est dit qu’on aurait dû regarder l’ENTV.
Mamzelle Namous

p.s i love you : j’en oublie sûrement des mots qui m’ont amusé ce mois ci, n’hésitez pas à partager les vôtres! 

Les Bienfaits du Génie

En ces jours de crève-la-soif, il y a des choses super géniales qui se passent. Des sensations de purification interne, ce sens de la maîtrise  du contrôle de soi, cette idée que oui-moi-aussi-je-peux-devenir-anorexique. Dans quelques jours, les bienfaits du jeûne se liront sur nos visages, et nous paraîtrons plus jeunes et plus beaux.
En attendant, voilà ce qui se passe certains matins :
-Se réveiller en ayant déjà soif, et ne pas oser duper Dieu en faisant semblant de croire qu’il est 2h du mat, alors qu’il est 11h. 

-Pire encore, se réveiller en ayant mal à la tête. Et regarder la boite de doliprane, gentiment posée sur la table de nuit, vous faire de l’oeil. 
La vie est dure pour nous autres jeûneurs sans frontières. Je dis ça car j’ai une pensée pour ceux qui jeûnent dans des pays non-musulmans, et qui subissent les odeurs du big mac, et les questions de leurs potes  » Même un petit bonbon tu peux pas? Même boire tu peux pas? Je sais pas comment vous faites, moi j’aime trop manger pour faire ça.  » 

On est en août, donc ce n’est pas d’actualité dans la plupart des régions du monde, mais une petite pensée pour les étudiants qui jeûnent dans des pays non-musulmans, et qui sont obligés de rompre leur jeûne dans une salle d’amphi. On les distingue bien ces petites têtes d’arabe, dispersées dans l’amphi ,  guetter l’heure et  sortir leurs petites dattes devant leurs amis ahuris  « Oh des dattes comme c’est exotique! » . 
Au  fil des jours, ils deviendront les meilleurs amis du monde, iront manger les uns chez les autres, et feront des soirées chicha dans l’unique café maghrébin de la ville.

C’est aussi le génie du Ramadan, créer du lien social.

Parce que nous, ici en Algérie, on se plaint on se plaint on se plaint on se plaint , mais on a bien de la chance d’avoir une vie aménagée en ces jours.
On tient toute l’année des discours merveilleux sur la nécessité de laïcisation de l’Etat, mais on est bien content durant ce mois d’être tous ensemble dans la merde  dans la crève-la-soif-et-la-fatigue-et-je-crois-que-je-ne-sens-plus-mon-sang-circuler.
Et il y a quelques jours, un truc génial s’est produit : je suis tombée malade. Mal de gorge à m’en couper l’appétit et le sommeil.  En chemin vers le médecin , j’ai la certitude qu’il va me dire  » Vous serez obligée d’interrompre votre jeûne quelques jours, ça ne vous dérange pas trop? ». 
Je sais je sais je sais, je peux faire ce que je veux, c’est en mon âme et conscience, mais des personnes bien renseignées m’ont dit que ça fait toujours meilleur effet d’avoir un mot du médecin le jour du jugement dernier.
Me voilà donc chez le médecin, avec un gorge ultra-méga-supra irritée. Sa seule et unique question  » C’est bizarre d’avoir ça en plein été, vous avez mangé de la glace? « 
Silence…………. Je regarde les murs pour voir ses diplômes, et je me souviens qu’on n’est pas dans une série américaine.
Long silence……………………………..Et FLASH-BACK!
( L’année dernière j’étais allée voir ce même médecin parce que j’avais un mal de tête de la mort qui tue  qui m’empêchait de voir la lumière du jour (non non j’exagère pas), et sa seule et unique question avait été « Tkonecti? »  ( traduction : tu te connectes souvent ?).
-Euh oui… je suis assez souvent  devant mon ordi.
« Mala hadi hya ». 
(Traduction : alors cherches pas plus loin ma fille. Si tu souffres autant ta race c’est à cause d’internet et des dvd).
Ca a beaucoup plu à ma mère, mais ça ne m’a pas réconcilié avec le soleil).
Voilà pour le flashback qui vous donnera une idée du génie de ce médecin.
Revenons au Ramadan et au mal de gorge. Il me prescrit des médicaments à prendre trois fois par jours (et mon ventre me lance des youpiiiiiiiiii), et rajoute « Comme c’est carême, attention à ne prendre les gouttes pour le nez durant la journée, ça descend dans la gorge ».
-Ah……
  » Donc un comprimé après le ftour, un autre vers minuit, et un autre avec le shour.  » 
-Oui mais moi, je me réveille pas pour le shour.
 » Vous n’avez pas le choix ». 

Connard qui veut même pas me faire un mot pour Dieu.

Un autre truc génial du Ramadan c’est l’ambiance pré-ftour dans les cuisines algériennes. Une ambiance qui vous propulse à  l’heure du coup  de feu dans un grand resto.
Avec en prime :
-La mère qui panique que tout ne soit pas prêt à temps. Comme si Dieu nous en voudrait de nous mettre à table quinze minutes après l’heure autorisée.
-Le père qui tourne en rond dans la cuisine , on sait pas pourquoi.
-Les frères qui viennent de se réveiller.
-Les soeurs qui râlent que ce soient toujours les filles qui fassent tout, y en a marre.
Mais une fois à table, on oublie tout et on rit.
On le dit peut-être pas à voix haute, mais c’est à cet instant que l’on pense à ceux qui, à cause de la vie, du destin, ou de l’économie, ne rient plus .
C’est l’un des trucs géniaux du Ramadan, on geint, on fantasme, on rit, on s’amuse, on attend la fin. Mais on n’oublie pas.
Mamzelle Namous

Birth of the Cool

Durant le merveilleux mois du Ramadan, que nous aimons d’amour, et que nous jubilons, le degré de coolitude de l’algérois dépend de ses sorties nocturnes.
Lassée de toujours répondre par la négative à la question  » Alors t’es sortie hier soir? », j’ai décidé de me bouger dimanche dernier. Parce que les gens cool sortent en début de semaine, c’est bien connu. 

Je regardais  les nombreuses invits ( les gens cool reçoivent beaucoup d’invitations) et rien ne me tentait; quand soudain, une amie me propose un concert d’un groupe de musiciens amateurs, algérois, qui écrivent leurs propres chansons à texte.
Un truc très intello/bobo/cool/chic, à  faire un dimanche soir.
Seul hic: ça se passe à Sidi Fredj (pas cool l’endroit), et à l’hotel Riadh (connais pas mais ça m’a semblé glauque).
Mais c’est pour la bonne cause, la belle musique des gens beaux.
Je propose à un ami, et il me dit  » Ca marche, je passe te chercher à 9h, sois prête ».
Euh… mais moi à 9h, je mange encore….
La phrase pas cool à sortir.
Le soir S arrive, je m’éclipse de table, je propose le concert à ma soeur. « Viens, c’est un concert de musiciens qui écrivent leurs chansons et font des reprises de chansons françaises. »
Ma soeur  » Qu’est ce que je t’ai  fait de mal? Mina tu devrais pas y aller, tu vas te faire chier, apprends de tes expériences ».
Je n’entends rien, je suis cool, et je grimpe dans la voiture.
Mes amis sont des jeunes journalistes qui ont des appareils photos énormes à en faire rougir le mien, qui ont des grosses lunettes de vue à la mode, et qui veulent interviewer le groupe.
Trop méga cool.
On arrive au Riadh, et dès le parking, l’ambiance s’annonce, musique techno à fond en sourdine, personnes bizarroïdes qui traînent, 900 dinars l’entrée.
Au programme, de la musique, de la danse orientale, des comiques. Cherchez l’intrus.
La salle est décorée pour ressembler à un lounge. Objectif raté. C’est joli mais on a tous mal au dos. On est placés par un mec qui a un diadème sur la tête. Très cool le mec, mais comme on est des algériens, on s’est juste moqués de sa gueule de princesse.
On nous apporte du thé imbuvable, et on attend que la salle se remplisse.
Au bout d’une heure, une danseuse orientale commence son show. Très jolie tenue, très beau corps à t’en faire regretter les dix pistaches que tu viens d’engloutir, et quelques déhanchements à en donner le tournis aux garçons, et aux filles aussi, avouons le.
On est pas vraiment dans l’ambiance douce guitare/paroles enlevées, mais on patiente.
Le groupe de musiciens monte sur scène, son nom c’est NR2 ( je  ne sais pas d’où viennent ces initiales), et ça déchire. Les paroles sont sympas, la musique aussi. Ca me rappelle l’époque où j’écoutais Bénabar, Carla Bruni, Vincent Delerm, etc…. Ces références sont peut-être pas les bonnes (ils se réclament de Brassens Renaud, etc…), mais c’est ce qui m’est venu.
Malheureusement, la sono est mauvaise. Ils font une pause et laissent la place à un duo d’humoristes.
L’incohérence dans une programmation, c’est un truc vraiment pas cool.
Passons sur le sketch lamentable. Et parlons de la dispute qui a eu lieu entre deux blondasses mal fagotées et des gros messieurs. Moi quand je vois une bagarre, je veux tout savoir tout de suite.
Je me plante en face d’eux, et je demande  » Qu’est ce qui se passe?  » ( J’ai lu quelque part que si on demande quelque chose avec assurance, on nous prend toujours au sérieux).
J’attends toujours la réponse à ma question.
Plus tard, le concert reprend, le public ne correspond pas, et c’est bien dommage.
Le décor non plus. Un concert de ce genre ne devrait pas se mixer avec de la connerie autour. Ca devrait être le centre de la pièce et de l’attention.
 Un concert aussi doux devrait se jouer dans un bar intimiste, avec des gens qu’ont une bière à la main et l’envie d’écouter.
Ca devrait se jouer sur une plage la nuit, au milieu d’un groupe d’amis.
Une musique qui s’écrit, ça devrait se chanter dans un lit au petit matin.
Partout, mais  pas dans une vulgaire salle, où l’on expose des pots en céramique, et où  la canette de coca se boit à 200 dinars!
Une salle où les gens n’ont pas assez de classe pour applaudir à la fin d’une chanson.
En sortant de l’hôtel, il y avait les embouteillages de ceux qu’étaient venus voir Irban Irban se produire dans la salle à côté.
On est un peu désillusionnées dans la voiture, le concert était cool. Mais le reste si médiocre…
On dira que c’est ça l’Algérie, que c’est pas facile d’être musicien dans ce pays. A moins de se fondre dans le décor.
Mais les gens cool ne se fondent dans les décors, c’est bien connu.  Les artistes encore moins. 
Bon courage à eux. 
Mamzelle Namous










p.s i love you : la photo est de ma copine Shahinez avec son gros appareil de pro.

p.s i love you too : vous pouvez retrouver le groupe nr2 ici , et leur demander le sens de ces initiales, parce que moi j’ai posé 7 fois la question, et personne m’a entendu, alors khlass je demande plus!