Hier, suite à la dernière publication, j’ai reçu ce commentaire :
» Pour le coup je ne me dis pas la même chose. Je serai bien plus heureuse ailleurs, ce qui me retient c’est les miens, je ne peux pas envisager de ne pas être là le jour où l’un de mes proches mourra. En un mot ce qui me retient c’est la mort. En même temps ce pays tellement dur à vivre agit comme une sorte de catalyseur chez les bienheureux, il les pousse vers l’essentiel. L’Algérie est intellectuellement stimulante mais c’est aussi une source d’angoisse permanente. Beuh.«
Je ne suis pas complètement dans la même logique, mais avec la phrase » ce qui me retient c’est la mort » Beuh ( savoureux pseudo!) a mis les mots sur plein de choses qu’on identifie mais qu’on ne rationalise pas. Vais pas rentrer dans les détails, parce que ça va être morbide, mochement triste et maniéré, que je vais me mettre à pleurer, que la khnouna* va couler et qu’on se dira « bouh ce blog c’est plus ce que c’était!« .
Mais hier, j’écrivais un billet où je disais que j’aimais trop rire pour quitter Alger, et où je me rendais bien compte de la possible légèreté de cette motivation. Sans pouvoir mettre la main sur quelque chose d’un peu plus essentiel.
Beuh l’a fait pour moi!
Y a quelques semaines, une bonne femme m’a dit « je suis sûre que t’es rentrée parce qu’on t’a pas renouvelé ta carte de séjour« . Y a des gens qui voient que du moche dans les choix qu’ils ne peuvent pas concevoir , et jamais les êtres derrière les actes.
Je suis contente qu’ici on arrive à se partager pour de vrai!
Mamzelle Namous
*Faut-il vraiment traduire ce joli et tendre mot?
Farasha
le 2 avril 2012 à 14h38Wilyééééééé first! je vais lire dqiqa
mina namous
le 2 avril 2012 à 14h52Yayy!
Farasha
le 2 avril 2012 à 15h17youh j'ai lu:) j'ai l'impression d'avoir raté toute une saison O_O , elmohim pour ma part le choix a été fait ya longtemps pour 3 bonnes(ou mauvaises) raisons :
Raison1: wahd el minouchat
Raison2: patriotisme de mes deux(ovaires)
Raison3: la difficulté des challenges fi bladna
Bref je reviens bientôt et comme a chaque fois l'un des moments fort c'est lorsque j’aperçois la baie d'Alger E.T…HOME *_*
Anonymous
le 2 avril 2012 à 16h30Pour moi c'est simple, je ne m'imagine pas passer le reste de ma jeunesse (j'ai 21 ans) ici, je finis mes études et je regarde ailleurs.
Mais bon c'est peut-être différent (pire ?) pour moi puisque je ne vis pas sur Alger, eeeeh oui les fameuses 47 autres wilayas qu'on cite tant quand on parle d'ALGERie…
Anonymous
le 2 avril 2012 à 16h50@Farasha : je te suis pas, papillon…
T'as fait le choix de quoi? de rester ou de partir?
Minouchat = ton mec?
« La difficulté des challenges fi bladna » t'attire ou t'éloigne?
Anonymous
le 2 avril 2012 à 20h25Ton dernier paragraphe me fait penser à une autre « bonne » femme du même style que celle qui t'a dit que tu étais rentrée de la France parce que l'on ne t'avait pas renouvelée la résidence.
Je lui avais donné de bon coeur une très bonne tablette de chocolat, elle l'a longuement soupesée et puis elle m'a sortie: » tu me la donnes parce que tu n'en veux pas ».
Il y a des gens comme tu dis qui ne peuvent pas comprendre.
Anonymous
le 2 avril 2012 à 20h36Tu fais bien Mina de profiter au maximum des êtres qui te sont chers par contre s'il arrivait que par hasard tu rencontres quelqu'un de bien qui vit à l'étranger …Oh non pleure pas d'avance…
mina namous
le 2 avril 2012 à 20h40si ça y est je larmoie!
Anonymous
le 2 avril 2012 à 21h44C'est le temps qui différencie Alger de l'Occident. Même quand je me ballade (au présent), je suis nostalgique. On ne vieillit pas à Alger, on erre comme des fantômes. Jamais, n'y ai-je eu des discussions sur mes projets professionnels ou sur mon avenir. On est noyé dans un vide absurde, mais tellement délicieux…notamment le soir. Les amoureux d'Alger sont finalement des « sentimentalistes », voire des romantiques. Ca explique l'existence de ce blog, ainsi que l'essence même du Chaabi, musique de l'intemporalité d'Alger.
Anonymous
le 2 avril 2012 à 23h10Quand je relis mon commentaire, ma part « mélo-dramatisante » me saute au visage ! Je pense que l’humour dont tu parles contrebalance parfaitement le côté dépressif de notre société. Un ami me disait l’autre jour que l’Algérie était maniaco-dépressive. La part résiliente de notre société s’exprime par l’humour et c’est tant mieux. Après tout, la légèreté véhicule beaucoup plus de choses que le pathos. Elle est positivement communicative.
Beuh
Ça mange pas de pain..
le 2 avril 2012 à 23h47À propos de musique justement, qui aurait un lien vers la chanson Yal Bahdja de Nacerdine Chaouli?
Nmout a3liha!
Anonymous
le 2 avril 2012 à 23h49Les voyages forment la jeunesse!
Si tu ne pars pas, tu le regretteras toute ta vie.
Par contre, si tu regrettes d'être parti, tu pourras toujours revenir..
Homo Erectus
le 2 avril 2012 à 23h54Klamek zine ya l'Anonyme.. Celui qui a envie de comprendre l'essence d'Alger n'a qu'à écouter du chaabi.. Ce qu'on cache derrière plein de mots et de concepts plus ou moins légitimes (peur de la mort, attachement aux siens, etc.) n'est-ce pas tout simplement l'attachement au sol, à la patrie.. Je crois qu'un vrai Parisien à Paris ou un Romain à Rome peut se sentir tout aussi éternel en foulant le sol de ses ancêtres.. Et ça vaut pour tout pays.. Le plus pénible c'est sans doute tous ces « français bla rabi » comme les appelait mon oncle qui se prennent pour des Parisiens après un semestre dans une chambre de bonne et un régime à base de pâtes Leader Price qui viennent déblatérer leurs inepties à propos de leurs ambitions occidentales quand ils retournent au « bled »..
hayame
le 3 avril 2012 à 9h20J'adore rire, c'est vrai qu'on rit beaucoup plus en Algérie qu’ailleurs, mais ne dit-on « Adhak ya foumi ala hami » c'est pour contrebalancer toute ce « dégoutage »?
Anonymous
le 3 avril 2012 à 11h02Les migriyènes qu'ils aient passés 6 mois ou 20ans en France, quand ils rentrent au pays ils sont de suite catalogués comme des frimeurs et vous ne les supportez qu'avec dégoût. Leurs ambitions » occidentales « ! Là en voilà de l'humour Algérien!
Homo Erectus
le 3 avril 2012 à 13h38Je ne parle pas des immigrés mais des « Français bla rabbi » qui n'ont même pas la clairvoyance de se considérer comme simplement… immigrés justement.. C'est de l'humour involontaire que tout ça..
Anonymous
le 3 avril 2012 à 14h30Ah oui!!!! Les « Français bla rabbi »!!!! dit elle d'un air entendu!!!! » et elle qui avait cru que tu parlais des émigrés. Ah oui bien sûr Les « Français bla rabbi » c'est vraiment les plus pénibles ceux là.
Plus sérieusement pourrais tu s'il te plait me traduire, m'expliquer cette expression c'est la première fois qu'elle arrive à mes oreilles.
Moi je trouve qu'avoir des ambitions quelles soient d'occident ou d'ailleurs cela donnent du goût à la vie, cela fait se lever le matin avec l'espoir de jours meilleurs bientôt très bientôt. Et avoir des ambitions là-bas et pour là-bas et revenir en son pays et s'en confier aux êtres que nous pensions nos amis mais qui n'attendent qu'une chose c'est de se moquer de ce à quoi nous sommes contraints pour arriver à accomplir nos rêves » insensés « . Est ce si exaspérant que cela les gens qui croient en Dieu, en eux-même et en leurs chances de bien mieux vivre AILLEURS?
Homo Erectus
le 3 avril 2012 à 15h13Allons, fais pas ta cruche tu m'as bien compris..
Anonymous
le 3 avril 2012 à 15h16Petite question à la m3alma des lieux : pourquoi du post précédent on aboutit à cette page de commentaires à part?
mina namous
le 3 avril 2012 à 16h44c'est pas une page de commentaire à part, mais un nouveau post où j'ai repris un commentaire qui m'a « inspiré »!
Isis Irictis
le 3 avril 2012 à 20h02La patrie comme la famille on ne la choisis pas..on l'aime, on la déteste, on l'aime, on ..
@ ça mange pas de pain; tu ne serai pas l'anonyme que j'ai félicité dans le post précédant?je fais mon petit poisson voici ta chanson http://www.maghrebspace.net/Music/Nacer%20eddine%20chaouli/5877/Ecouter
Ne meurs pas dessus..
Ça mange pas de pain..
le 3 avril 2012 à 23h283aichek Isis!
Non, je vais juste danser dessus.. 🙂
xoxoxoxo
Anonymous
le 4 avril 2012 à 9h19je n'ose même plus insister tellement je ne comprends pas comment tu ne puisses pas comprendre que malgré toute ma bonne volonté pour comprendre JE N'AI PAS COMPRIS!
C'est quoi cette nouvelle sorte d'émigrés?
Anonymous
le 4 avril 2012 à 12h04Mais pourquoi pensez-vous que partir signifie ne plus jamais revenir? On peut partir sans brûler ses vaisseaux. Moi, je pense que ceux qui ont la possibilité ou l'occasion de passer un bout de vie « ailleurs » ne perdent rien à tenter cette chance, car se confronter à la diversité, aux rencontres, à quelque chose qu'on ne connaît pas, tout simplement, est une richesse.
Et ce n'est pas parce qu'on part, sabhallah, qu'on oublie son père et sa mère, sa langue et sa culture, ses amis et sa famille. En général, bien au contraire.
Lassar.
Homo Erectus
le 4 avril 2012 à 13h37« français bla rabbi » tout est dans le titre ! ça veut dire que malgré le contexte international tendu, la crise financière qui se profile en Europe, la remontée du nationalisme « identitaire » européen, l'intégration défaillante des primo-immigrants maghrébins qui en sont à leur troisième voire quatrième génération, l'impossibilité d'initiative entrepreneuriale viable (marché saturé ou hautement concurrentiel), l'ignorance crasse de la culture du pays d'accueil, etc. (liste loin d'être exhaustive), tu trouveras encore des contingents de nos compatriotes, de la fille branchée au barbu salafiste (si si je vous assure) qui rêvent béatement d'un passeport européen. Il y a quelques années j'ai lu le chiffre de plus de 200 000 demandes annuelles de naturalisation rien que pour la France ! Pourtant, on ne peut pas accuser les Européens de n'avoir pas été clairs : ils ne veulent quasiment plus d'immigration de peuplement maghrébine ! Et c'est leur droit après tout !
Anonymous
le 4 avril 2012 à 19h34je te remercie de ces explications bien que mon esprit reste hermétique à une telle appellation.
Ton commentaire me fait penser à un petit poème en prose de Baudelaire que j'ai découvert grâce à Mina,MERCI MINA!
CHACUN SA CHIMÈRE
Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.
Chacun d’eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu’un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d’un fantassin romain.
Mais la monstrueuse bête n’était pas un poids inerte ; au contraire, elle enveloppait et opprimait l’homme de ses muscles élastiques et puissants ; elle s’agrafait avec ses deux vastes griffes à la poitrine de sa monture ; et sa tête fabuleuse surmontait le front de l’homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l’ennemi.
Je questionnai l’un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu’il n’en savait rien, ni lui, ni les autres ; mais qu’évidemment ils allaient quelque part, puisqu’ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.
Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n’avait l’air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos ; on eût dit qu’il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d’aucun désespoir ; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d’un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.
Et le cortége passa à côté de moi et s’enfonça dans l’atmosphère de l’horizon, à l’endroit où la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.
Et pendant quelques instants je m’obstinai à vouloir comprendre ce mystère ; mais bientôt l’irrésistible Indifférence s’abattit sur moi, et j’en fus plus lourdement accablé qu’ils ne l’étaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères.
Charles Baudelaire
Bonne Soirée à Tous !